IMMIGRATION/France-GABON
Une étudiante gabonaise
reconduite à la frontière
Boursière de l'Etat gabonais et régulièrement
inscrite à l'Université Toulouse 1, R. Mengue
Ondo, sans antécédents judiciaires, a été
"expulsée" manu militari de France le 19
courant. Motif : elle n'évoluerait pas de façon
satisfaisante dans ses études.
EN allant le 18 courant
faire renouveler son titre de séjour, qui
expirait deux jours plus tard, R. Mengue Ondo,
étudiante boursière gabonaise régulièrement
inscrite à l'Université Toulouse 1 a été
interpellée par des policiers, sur ordre de la
préfecture de Haute-Garonne. Le lendemain au
petit matin, ses "geôliers" l'ont embarquée dans
un avion à destination de Paris, d'où, quelques
heures après, on lui a fait prendre un autre
pour le Gabon.
La préfecture justifie la
reconduite à la frontière par "l'absence de
sérieux des études de cette jeune femme",
qui a entamé en 2001 un cursus menant à la
licence en droit. Mlle Mengue Ondo est
détentrice d'un certificat de scolarité pour
l'année académique 2007-2008 établi le 9 octobre
2007 par le secrétaire général de l'Université
Toulouse 1, Jean-Pierre Barbier.
Les versions divergent sur
le traitement de l'étudiante au centre de
rétention de Toulouse. L'intéressée affirme y
avoir été conduite menottée avant de se voir
intimer l'ordre de se dévêtir aux trois quarts.
"On ne m’a pas donné la possibilité de
communiquer avec quelqu'un de mon choix. On a
plutôt fait venir un dame pour me consoler",
a soutenu l'étudiante, que nous avons reçue à
notre rédaction la semaine dernière. A l'en
croire, c'est une codétenue qui l'avait mise en
contact avec un avocat, qui n'a malheureusement
pas pu la rencontrer avant son acheminement
express sur Paris.
Dans le document qu'elle a
adressé à l'ambassade de France au Gabon, la
préfecture affirme que la demoiselle s'est vu
proposer "l'ensemble des garanties prévues
par les textes (accès à un avocat, à un soutien
juridique, un médecin...)". Sauf que la
préfecture n'a pas indiqué l'identité de
l'avocat ou du médecin qui aurait échangé avec
l'étudiante.
Au contraire, dans le
dossier transmis au ministère gabonais des
Affaires étrangères, le consulat général du
Gabon en France signale l'extrême rapidité avec
laquelle la jeune compatriote a été reconduite à
la frontière, ce qui ressemble à une expulsion.
Or, l'administration française ne signale à
aucun moment que l'infortunée représente une
menace. En ce qui les concerne, les milieux
académiques, que nous avons joints au téléphone,
eux aussi surpris par les événements, ne lui
connaissent pas d'antécédents.
NOMBREUSES PLAINTES
La préfecture justifie la célérité de la
procédure de reconduite à la frontière par le
fait qu'elle aurait adressé à R. Mengue Ondo, le
21 décembre 2007, " un arrêté (...) lui
demandant de quitter le territoire français au
plus tard le 22 janvier 2008 ". La
destinataire émet des réserves. " Bien qu'en
vacances au Gabon à cette époque-là mes proches,
que j’avais autorisés à lire mon courrier, m'en
auraient aussitôt informé", rétorque-t-elle.
Des documents de voyage renseignent que
l'étudiante était au Gabon entre décembre 2007
et la mi-janvier 2008.
Exigeant l'application des
accords franco-gabonais en matière
d'enseignement supérieur, l'association des
Gabonais de Toulouse, qui estime par ailleurs
que seuls les milieux académiques sont bien
placés pour évaluer le sérieux des résultats des
étudiants, envisage d'organiser un sit-in samedi
après-midi devant la préfecture de
Haute-Garonne. Le ministère gabonais des
Affaires étrangères, lui, a adressé une
correspondance en bonne et due forme à
l'ambassade de France au Gabon, pour que le cas
Mengue Ondo soit examiné avec beaucoup de
compréhension et que prévale l'amitié
franco-gabonaise.
Au regard des nombreuses
plaintes que notre rédaction enregistre, ladite
amitié est, en effet, plutôt mise à mal dans
l'Hexagone. Plusieurs compatriotes, et pas
seulement des étudiants se plaignent du
traitement de leur de leur demande de titre de
séjour dans les préfectures.
Il arrive que l'attitude
de ces administrations ait des répercussions sur
la délivrance de visas aux consulats de France
au Gabon. Le cas d'une étudiante venue en
vacances à Libreville et dont le titre de séjour
a expiré parce que, malade entre-temps, elle ne
pouvait pas regagner le territoire français. La
délivrance d'un visa retour dépendait de la
réponse de la préfecture de sa ville d'accueil,
qui a pris tout son temps avant de réagir.
Au finish, pour cette
raison et pour bien d'autres, la demoiselle ne
s'est pas vu délivrer de visa. Ce qui a des
répercussions sur ses études, sérieuses
celles-là, à la lecture des relevés de notes et
des appréciations des enseignants.
En juillet 2007, le Gabon
et la France ont signé un accord sur la gestion
des flux migratoires. Le texte qui aurait dû
l'être avant la fin de l'année dernière, selon
l'engagement pris par lu ministre français de
l'Immigration, Brice Hortefeux, est toujours en
attente de ratification par le parlement de son
pays.