AU LENDEMAIN DU RÉVEILLON DE
LA SAINT-SYLVESTRE
Libreville fatiguée
La Saint Sylvestre a
mobilisé beaucoup d'énergie, d'argent et de
matériel chez plusieurs fêtards. Trois jours
après, les Librevillois ne sont pas encore
totalement remis de la fatigue occasionnée par
cette fête annuelle. Hier, une certaine
atonie était encore perceptible à travers la
capitale où les activités ont tourné au ralenti.
HIER
mardi matin, les rues de Libreville étaient
moins mouvementées que d'habitude. Les longues"
files habituelles de personnes attendant les
taxis étaient rares. L'on avait du mal à croire
qu'il s'agissait d'un jour ouvrable. Les
véhicules de transport en commun circulaient
avec très peu de passagers à bord. De fait,
Libreville était fatiguée.
Après la Saint-Sylvestre
célébrée en fanfare, les Librevillois traînent
encore les pieds pour vaquer à leurs occupations
quotidiennes.
Au centre-ville, où trônent
des nombreux immeubles, le temps semblait.
s'être arrêté. Aux environs de 10 h, les
trottoirs étaient particulièrement déserts. De
temps à autre, des taxis passent devant la Poste
centrale, à la recherche des clients. "Ca
m'énerve. je tourne à perte depuis le
matin. J'ai commencé le travail à 7 h et
je n'ai encore que 600 francs dans ma
caisse. Si ça continue comme ça,
j'irai garer"; nous déclare un taximan béninois
en soupirant.
Libreville est fatiguée. Et
pour cause: la fête de la Saint-Sylvestre,
intervenue après celle de la Nativité, a laissé
de nombreux citoyens exsangues sur le plan
financier. Ceux qui ont laissé de petites
économies en banque se sont empressés d'aller
les retirer. Au rythme accéléré des taxis
débarquant les passagers devant la Banque
internationale pour le commerce et l'industrie
du Gabon (BICIG) on peut affirmer que les
fauchés des fêtes sont légion.
" J'ai trop dépensé pour la
fête. Je viens prendre un peu de sous pour me
permettre de faire face à d'éventuels problèmes
de santé qui peuvent survenir au sein de ma
petite famille", nous confie une jeune femme
REPUBLIQUE EN VACANCES. A
peine a-t-elle terminé de répondre à nos
questions, qu'un vendeur ambulant de bijoux
s'approche pour lui présenter des bracelets et
des montres. "Tantine, c'est moins cher.
C'est bien avec toi. Essaie d'abord, tu verras",
propose le jeune commerçant, aux mures
d'espiègle. "Ah, colle-moi la paix ! je vais
acheter ça avec quel argent ? N'embêtez pas les
gens quand ils sont fauchés"; rétorque la
dame, qui tourne le dos pour se diriger vers la
banque. Le vendeur ambulant s'esclaffe et
la regarde s'éloigner, sans mot dire. C'est une
Journée difficile qui s'annonce pour lui. Car,
les clients se font rares.
Les administrations tournent
au ralenti. De nombreux salariés ne se sont pas
rendus ce matin à leur bureau, malgré le
communiqué du ministère du Travail qui rappelait
que seules les journées de samedi, dimanche et
lundi étaient fériées, chômées et payées. En
cette fin de matinée, le parking du ministère
des Petites et moyennes entreprises (PME) est
désert. Une grande partie du personnel n'est pas
à son poste. La salle d'attente, souvent envahie
par des visiteurs figés dans toutes les
positions de fatigue, est vide. "La République
est en vacances ", ironise un jeune homme qui
secoue en vain la poignée de la porte d'un
bureau fermé.
Dans les quartiers populaires
comme Atsibé Ntsos, Rio, Kinguélé, Akébé,
Plein-Ciel, Sorbonne, Belle-vue, Lalala, etc, la
population a encore du mal à se remettre de la
fatigue du réveillon où la frénésie a confiné à
la folie.
Après les grosses dépenses
effectuées pour célébrer la Saint-Sylvestre,
plusieurs ménages vont commencer à tirer le
diable par la queue. Et il risque d'en être
ainsi pendant quelques semaines encore. Car,
nombreux sont ceux qui ont célébré la fête en
faisant des folies. Comme s'ils avaient appris
que la fin du monde était proche. A moins que ce
soit des adeptes du fameux "on ne vit qu'une
fois". Contrairement aux Japonais qui eux,
ont deux morts !