PORTRAIT
Bernadette Bourobou Koumba de l'anonymat a, la
célébrité
Les uns la présentent comme
une femme sans emploi, vivant essentiellement du
commerce de la banane. D'autres, tout en
reconnaissant le caractère affable et discret de
cette femme de petite taille et au teint clair,
retiennent une seule chose : sa victoire, lors
des dernières législatives, sur celui que
beaucoup continuent de qualifier, à tort ou à
raison, comme le "Baobab du 2e siège
du 3e arrondissement" de Libreville,
Jean-Boniface Assélé. Mais qui est donc
Bernadette Bourobou Koumba ?
DEPUIS
le 27 décembre dernier, date de proclamation par
la Cour constitutionnelle des résultats
officiels comptant pour les élections
législatives du 15 décembre 2006, la vie de
Bernadette Bourobou Koumba, épouse Tchibinda, a
complètement changé. Connue par son entourage
comme une femme sans histoire et très discrète,
cette mère de huit enfants, la cinquantaine, est
devenue une sorte de curiosité citadine et
médiatique qui attire une foule de badauds dans
le 3e arrondissement de Libreville, plus
précisément dans le secteur du 2e siège où elle
s'est positionnée comme candidate de l'UPG. Tous
ces ", pélerins" cherchent à savoir à quoi a
réussi à vaincre, sans moyens et presque sans
coup férir, un homme de la stature de
Jean-Boniface Assélé.
Curiosité aiguisée et
entretenue par la rumeur qui court le grand
public, tendant à faire passer ce fonctionnaire
du ministère des Affaires sociales, en
détachement au ministère de la Famille, de la
Protection de l'Enfance et de la Promotion de la
femme, où elle exerce jusqu'à ce jour les
fonctions de chef de service Education
matrimoniale et familiale, pour une simple
vendeuse de banane. Or il n'en est rien.
Cette Nynoise est, au
contraire, un pur produit de l'Ecole nationale
de santé et d'action sociale (ENSAS), devenue
Ecole nationale d'actions sanitaires et sociales
(ENASS). Lorsqu'elle en sort dans les années 90,
elle est titulaire d'un diplôme d'éducateur
qu'elle complètera quelques années lus tard à la
faveur d'un stage sanctionné par un autre
parchemin, cel4ii d'éducateur spécialisé.
Après sa formation, Mme
Tchibinda est affectée à l'hôpital de Nkembo
pour le compte du ministère des Affaires
sociales. Elle y restera cinq ans durant à
s'occuper des lépreux. En 2002, sur décision
prise en Conseil des ministres, elle quitte ce
service au profit du ministère de la Famille, de
la Protection de l'enfance et de la Promotion de
la femme, où elle est détachée pour servir sous
les ordres du ministre Angélique Ngoma.
L'histoire retiendra que c'est Bernadette
Bourobou Koumba qui a été la première directrice
des halte-garderies du Gabon : celles de
Nzeng-Ayong et de IAI (Libreville).
Bien que timide au départ par
crainte de représailles, son engagement
politique au sein de l'Union du peuple gabonais
(UPG) - dont elle est la responsable des
Affaires sociales du mouvement des femmes de
cette formation politique - débute en réalité au
cours des années 96. Mais sa discrétion
légendaire et le calme qui la caractérise font
d'elle une femme qui inspire plutôt confiance.
Au point que même ses supérieurs hiérarchiques,
à défaut de lui coller l'étiquette de pédégiste,
étaient loin d'imaginer son vrai bord politique.
Et c'est justement parce que
beaucoup ne savaient pas qu'elle faisait de la
politique que l'annonce dé sa victoire face à
Assélé a créé surprise et admiration chez ses
connaissances, en même temps qu'elle continue de
susciter des commentaires dans l'opinion.
Femme modeste, Bernadette
Bourobou Koumba entretient un contact permanent
avec les commerçantes du marché d'Akébé-Plaine
et est membre de leur tontine. C'est, à ce qu'il
semble, cette proximité d'avec ces vendeuses de
produits vivriers qui a fait circuler la rumeur
selon laquelle l'élue de l'UPG n'était qu'une
"petite commerçante".
Au siège de sa formation
politique où elle s'est réfugiée depuis quelques
jours pour échapper aux menace qui pèsent sur
elle depuis l'annonce de sa victoire, Bernadette
Bourobou Koumba attend patiemment d'apporter sa
pierre à l'édification de la prochaine assemblée
du peule. Ce sera, reconnaît "Mame Robou", une
nouvelle expérience pour elle.