CONSOMMATION
Gamba au
bord de la famine
La chasse est interdite
dans les aires protégées de cette cité
enclavée et donc difficilement
approvisionnée. La pêche qui y
représente une alternative au braconnage,
connaît des moments difficiles. Les
pratiques agricoles y sont hypothéquées à
cause de la destruction des cultures par
les animaux sauvages. De surcroît, les
denrées coûtent cher dans cette ville
pétrolière.
LE
département de N'dougou dont la ville de Gamba
est le chef-lieu est situé le long de la côte
atlantique au sud-ouest du Gabon, dans le CAPG
(Complexe d'aires protégées de Gamba) qui abrite
deux de nos treize parcs nationaux (Loango-Setté-Cama
et Moukalaba-Doudou). Cette partie du pays est
essentiellement arrosée par une lagune N'dougou
très poissonneuse qui s'étend sur plus de 50.000
hectares et comprend quelque 380 îles plus ou
moins grandes. L'approvisionnement en ..au douce
y est assuré non seulement par le fleuve
Rembo-Mbongo, mais également par les sources
souterraines et les nombreux ruisseaux situés
le' long de la périphérie de la lagune.
Dans ce complexe d'aires
protégées où la pêche représente une alternative
au braconnage, le poisson est considéré comme la
denrée la moins onéreuse, la plus disponible et
la plus régulière sur Ie marché, donc la plus
consommée par les populations. Les coûts
pratiqués sont accessibles à toutes les bourses
pour permettre d'écouler cette denrée riche en
protéines. Ils varient selon le degré de
transformation du produit et quelle que soit
l'espèce : 1000 francs cfa pour le kilogramme de
poisson frais, 1500 francs pour le fumé et 2000
à 2500 francs pour le poisson salé.
Malheureusement, le poisson devient de plus en
plus rare sur le marché.
Depuis plus d'un mois à
Gamba, acheter un seul kilogramme de poisson
devient problématique. Le service ne se fait
plus actuellement qu'au compte-gouttes et par
affinité. II faut connaître ou avoir des
relations personnelles avec les quelques rares
pêcheurs-vendeurs pour espérer avoir quelque
chose. Cette situation est expliquée diversement
par les consommateurs et par les pêcheurs qui
sont les principaux acteurs de la filière.
Si certains pensent que la
pénurie est passagère et qu'elle n'est due
simplement qu'à la montée des eaux en cette
période de saison des pluies, d'autres, en
revanche, soutiennent que la mesure qui avait
frappées les étrangers il y a quelques années,
leur interdisant de continuer à pratiquer la
pêche, est une cause de l'insuffisance actuelle
de poisson sur le marché. Dernière raison,
relevant de la superstition: d'aucuns estiment
que la mort récente de deux individus par noyade
dans la lagune N'dougou suscite la peur des
pêcheurs qui ne veulent plus aller à l'eau.
Que faire alors pour vivre
sans trop de difficultés dans la ville
pétrolière de Gamba ? Pas de viande de brousse
parce que la chasse y serait interdite dans les
aires protégées. Pas de poisson pour les raisons
évoquées ci-dessus. La pratique agricole
quasiment difficile à cause de la destruction
des cultures par les animaux sauvages. Pas de
route ralliant Gamba à Tchibanga d'où viennent
occasionnellement manioc, banane et taros,
toutes denrées revendues à des coûts prohibitifs
sur le marché local. Le gaz butane, le riz, les
produits surgelés, la farine, l'huile
et d'autres produits
manufacturés proviennent de Port-Gentil où Shell
Gabon est "le maître à jouer"; parce que seul
à assurer la navette maritime
vers Gamba où il ne transporte en priorité que
son matériel destiné à l'exploitation
pétrolière. De même, le transport aérien n'est
pas envisageable à cause des coûts exorbitants
affichés par Air Service (165.000 francs cfa par
adulte pour un billet
Gamba-Libreville-Gamba et 1500 francs par kg de
bagages).
Les populations ne savent
plus à quel saint se vouer pour vivre a Gamba,
la deuxième ville de la province de l'Ogooué-Maritime
qui abrite pourtant aujourd'hui près de 7000 à
9000 âmes. Une localité cosmopolite qui se
distingue des autres sur toute l'étendue du
territoire national par trois caractéristiques
principales : sa situation d'enclavement qui lui
confère une position dissymétrique par rapport
au reste du pays, sa localisation à l'intérieur
d'un complexe d'aires protégées et enfin le fait
que cette partie du Gabon abrite une importante
société pétrolière. Les Gambanais estiment
qu'avec ce cocktail, leur localité ne devrait
pas connaître un tel sort.