SPÉCIAL XIE LÉGISLATURE
Profil
du nouveau député
:
jeune intellectuel
politicien
EN les voyant grimper quatre
à quatre les marches de notre rédaction, nous
avons pu évaluer le souffle et l'endurance de
nos élus. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils
sont en bonne santé. De fait ils sont nombreux à
avoir la quarantaine même si la moyenne d'âge de
la nouvelle Assemblée est de 52 ans. Le doyen a
72 ans et le benjamin 33. Certains surprennent
par une alacrité de bon aloi en contradiction
avec leur état-civil et l'état supposé de leurs
artères. C'est dire la vitalité de nos députés.
Les élus du Parti
démocratique gabonais dominent quantitativement
hémicycle de l'Assemblée nationale. Ils sont au
total 81. Outre des députés labellisés aux
couleurs de partis, on compte un petit nombre
d'indépendants, des baroudeurs qui lors de la
campagne ont revêtu la tunique "apolitique". Non
investis par leurs partis respectifs, ils
cultivent une image d'efficacité et de
détachement à l'égard des formations partisanes.
Leur credo, c'est que "les gens sont peu
politisés et veulent élire des personnes" et
que, ce qui les intéresse, "c'est de représenter
les gens au-delà des étiquettes politiques". Les
mauvaises langues parleraient de "caméléons",
mais eux tiennent à prouver que dans la pratique
on peut être indépendant et parlementaire.
La législature actuelle
comprend près que tous les segments de la
société gabonaise. La représentativité ethnique
et religieuse et le genre sont bien présents. En
effet, on trouve parmi eux quelques disciples de
jésus et Mahomet, mais surtout un nombre
croissant de véritables professionnels de
l'enseignement. Les enseignants ont peut-être
compris que pour s'éloigner des revendications
syndicales qui rappellent le dénuement de ce
corps de métier il fallait faire de la politique
ou qu'il fallait être à l'endroit où l'on décide
pour la revalorisation de leur profession. Et
ils se sont largement engouffrés dans la brèche.
Parmi les députés on relève aussi ceux qui sont
en même temps des sénateurs ou des élus locaux
(conseillers communaux/départementaux).
L'origine socioprofessionnelle des
parlementaires reste très stable par rapport à
la précédente législature. Des diplômes endroit,
sciences économiques, sciences humaines
(sciences politiques, sciences sociales,
communication etc.), ingénieurs, médecins,
avocats, architectes, militaires et surtout des
enseignants. Pour certains, l'on penserait a la
professionnalisation de la carrière de députés,
pratiquement inamovible. En effet, certains
représentants du peuple tendent à devenir des
permanents de la démocratie politique au
Parlement, inamovibles titulaires de fiefs
électoraux qu'ils transmettent à leurs
héritiers, au terme d'une interminable carrière.
La percée électorale des
femmes lors du scrutin 17 décembre 2006 est un
événement qui est passé inaperçu et mérite
pourtant d'être souligné. Elles ont ainsi
remporté 15 sièges sur 120, soit un pourcentage
de 12,50 %. Dans un pays où la parité a été
prise en compte, cela est encourageant. Cela
montre que la féminisation des élites nationales
n'est pas un vain mot. La plupart des femmes ont
le "bon profil" pour être député (haut bagage
culturel, fort taux d'activité professionnelle,
exercice de professions qualifiées). La plupart
sont mère de famille et ne se sentent plus
coupables de n'être pas assez disponibles pour
leurs petits car l'on sait que la politique est
prenante et constitue un frein psychologique
puissant à la recherche de fonctions électives.
A en juger le déroulement de
la campagne des uns et des autres, le
parlementaire actuel fait un effort d'être à
proximité du peuple. Un comportement à rebours
de ces députés qui, une fois élus, établissent
définitivement leur domicile à Libreville.
Des opposants revanchards de
retour à l'Assemblée dont la tâche consistera à
assurer la promotion de leur image et réduire à
néant le camp de la Majorité. Voilà qui est tout
à fait banal, lais dans le contexte actuel où
les Gabonais s'éloignent de plus en plus des
urnes eu égard le taux d'abstention, il faudrait
aux députés du talent pour intéresser le peuple
aux travaux du Palais Léon Mba. Même. si en tant
que député de l'opposition, il a peu de moyens
d'influer sur le cours des choses. S'il peut se
faire entendre, voire retarder le déroulement de
la procédure, ce n'est qu'exceptionnellement
qu'il pourra amender ou empêcher la promulgation
de la loi, mettre en jeu la responsabilité du
gouvernement, exercer un contrôle rigoureux de
son action.
Il y en a qui sont en transit
à l'Assemblée car ils ont conquit des sièges
qu'ils abandonneront au suppléant, gardien du
square, pour aller occuper une place au
gouvernement et du même coup dans les instances
dirigeantes du parti. L'opération réussie, tout
concourt à ce qu'elle soit répétée avec succès
d'une consultation à l'autre et étendue
progressivement aux autres mandats électifs
conseils municipal et départemental. Tel est le
profil de carrière des membres les plus en vue
de l'élite politique de notre pays.
* Service de documentation et
banque de données.