COMMENTAIRE
Leçon de
droit
LA XIe législature a débuté,
hier, jour d'élection des membres du bureau de
l'Assemblée nationale par une bataille
juridique, dont on se serait bien passé si la
leçon de droit, pour ne pas dire, la lecture et
l'application strictes des normes juridiques
présidant au vote, avait été partagée par
l'ensemble des forces en présence à cette
Assemblée.
Ce qui n'a pas été le cas, du
moins si l'on en juge par les réactions
soulevées dans le camp de la majorité et le
déroulement du vote électronique non prévu par
les textes, en dépit de la question
préjudicielle posée par l'opposition gabonaise,
principalement son porte-parole, Jules-Aristide
Bourdès Ogouliguendé, le leader du Congrès pour
la démocratie et la justice élu de Bendjè dans
l'Ogooué-Maritime. Lequel, s'appuyant autant sur
l'article 40 alinéa 1 de la Constitution que
l'article 10 du règlement intérieur de
l'Assemblée nationale, ne souhaitait ni plus ni
moins, que le respect des dispositions relatives
au mode de désignation des autres membres du
bureau au scrutin uninominal secret.
Si les ressorts et les
dessous de cette première sortie de l'opposition
parlementaire sont difficiles à cerner, même
s'ils peuvent avoir un rapport direct avec les
discussions préalablement entamées quelques
heures avant en vue de la répartition des sièges
au sein dudit bureau, il n'en demeure pas moins,
et cela tout le monde s'accorde à le dire, que
la majorité parlementaire a péché dans cette
bataille juridique par une sorte d'improvisation
et d'esprit de facilité. Sa démarche et conduite
des modalités d'une élection pourtant gagné
d'avance pour ses candidats étaient
incompréhensible. La loi étant la loi, il faut
l'appliquer et les parlementaires qui votent
loi; doivent être les premiers à s'y conformer.
Car, face à des compatriotes qui n'ont jamais
manqué, chaque fois que l'occasion se présente,
de montrer qu'ils étaient très pointilleux sur
les questions de droit, le fait d'avoir fait
abstraction des lois, d'avoir agi en dehors du
cadre juridique, ou encore, de s'appuyer sur la
jurisprudence née souvent d'une pratique
politique abusive; ouvrait bien une broche à la
contestation et au boycott du vote auquel on a
assisté hier au palais Léon Mba.
DICTATURE. Or, dans
cette affaire qui alimentera la chronique
pendant plusieurs jours encore, la majorité
parlementaire a donné la mauvaise impression de
se lancer dans une démarche risquée, car
contraire aux textes régissant le fonctionnement
de l'organe dirigeant de la Représentation
nationale, à commencer par la désignation de ses
membres. Donnant à ce début de mandature une
image pas très enviable pour ne pas dire,
écornée. Plus précisément, celle d'un groupe
désireux d'imposer la dictature de la majorité
dans l'arène parlementaire qu'elle domine par
ses gros bataillons disciplinés,face à une
opposition réduite à la portion congrue puisque
représentant à peine 13, 33% de l'hémicycle.
Mais, qui, tirant profit des erreurs du camp
adverse, apparaît dans l'opinion nationale comme
composés des défenseurs acharnés du droit, de
véritables héraults de la légalité dans le pays.
Ce qui augure d'une législature assez houleuse
et au cours de laquelle les unes et les autres
forces politiques utiliseront tous les moyens en
vue de l'assimilation par tous de la leçon de
droit.