MAUX ET DÉBAT
Nos
casernes, de vraies passoires ?
CHASSER le naturel, il
revient au galop. » Ce dicton populaire
n'a jamais aussi bien revêtu sa pertinence
ce qu'aujourd'hui Avec notamment, ces pluies
diluviennes qui s'abattent inlassablement et de
manière inopportune sur tout le pays. En dépit
de la petite saison sèche officiellement admise.
Comme une lame de fond, ces
grosses trombes d'eau viennent quasiment
annihiler les maigres efforts engagés par nos
pouvoirs publics dans le développement des
infrastructures de base. Au nombre de celles-ci,
il y a singulièrement la route et tout ce qui
s'ensuit. Dans ce cas précis, affirmons
ouvertement que le Gabon a mal à ses voies de
communication. Notre réseau routier bitumé
urbain comme rural, déjà squelettique, subit au
fil des pluies, les affres d'une érosion
impitoyable.
Dans la région de Libreville
et d'Owendo, le phénomène se passe de
commentaire. Il n'y a qu'à rouler sur quelques
kilomètres pour s'en convaincre. Après les fêtes
tournantes de l'indépendance édition 2006, bis
repetita ! Nids de poule, crevasses, éboulements
de terrains et de chaussées et autres
inondations à rien plus finir, ont rapidement
refait surface. C'est que la qualité des
ouvrages réalisés à la va-vite est nulle. Par
comparaison, des travaux livrés trente ans plus
tôt, dans les mêmes conditions et soumis aux
mêmes intempéries, continuent d'afficher fière
allure en résistant au temps qui passe.
Curieusement, ceux produits tout récemment
fondent comme beurre au soleil.
Il est temps - et alors là -
largement temps qu'on mette un terme définitif à
cette chienlit où une minorité de professionnels
des Travaux publics s'en mettent plein les
poches au détriment du pays tout entier. La
Nationale 1, ainsi pompeusement dénommée, en est
l'exemple patent, qui exhibe ostensiblement
cette volonté à saper les efforts de l'Etat
gabonais, volonté organisée en sourdine par
certains compatriotes malintentionnés. Rappelons
que
l'axe cité plus haut est
aujourd'hui, plus qu'hier, la risée de notre
pays à l'extérieur. Sous-dimentionnée et non
entretenue, cette voie fait
honte à un pays pourtant producteur de pétrole
et pourvu en sable,gravier, latérite,
ciment, eau, bois...
Matériaux essentiels à toute construction.
Avec un parc automobile sans
cesse croissant et une population d'agents
économiques qui suit la même courbe, c'est à se
demander qu'en sera-t-il dans dix ans. A moins
de vouloir gérer une bombe à retardement.
Pendant que les
infrastructures routières se dégradent
dangereusement, les crimes (passionnels)
reviennent au galop. Quand ce ne sont pas les
feux de l'amour qui enflamment les coeurs, c'est
l'instinct bestial qui domine le bon sens et la
raison et pousse l'individu mentalement faible à
commettre l'irréparable.
Cette affaire qui fait encore
couler encre et salive, a choqué plus d'un mâle.
En l'occurrence l'assassinat, à la mi-décembre
courant, par son deuxième bureau (une militaire
au béret gris), d'un officier de gendarmerie. En
filigrane apparaît le côté égoïste de plus en
plus prononcé de la gent féminine, plus prompte
à recevoir qu'à donner. Prête à conquérir le
beurre, l'argent du beurre, le sourire de la
crémière, et même... la vache à lait. Sans, en
contrepartie, rien débourser !
A bord d'un véhicule et très
certainement aidée de bras plus vigoureux, la
meurtrière, au terme de son acte ignoble, a pu
traverser une partie de Libreville et une autre
Owendo, sans être interpellée. Au camp Toulekima
où elle déposera le cadavre, elle est entrée
comme un couteau dans du beurre, sans être
aperçue, en dépit des sentinelles censées être
postées aux endroits sensibles.
Cette facilité d'accès laisse
clairement penser que nos casernes ne sont pas
bien gardées. On peut à tout moment y déposer
des bombes sans être inquiété et disparaître
quand bon nous semble.
La prouesse réalisée par une
militaire au béret gris, dans une caserne
supposée infranchissable par temps de nuit,
laisse pantois. Alors qu'on croyait ces
endroits, pourtant habités par des hommes en
armes, des citadelles imprenables, il est fort
déplorable de constater que ce ne sont - pour le
moment - ni plus ni moins que des passoires. Des
sites où tout le monde passe le temps à dormir
en rond, parce que le Gabon est un havre de
paix. Mais qui veut la paix prépare la guerre.
C'est connu de tous, même des militaires.
Le futur gouvernement a là,
posés sur sa table, deux dossiers brûlants sur
lesquels il va devoir se pencher vite et bien:
la route et la sécurité. Des réponses
appropriées étant attendues. Parce que, si rien
n'est ait dans 1e sens souhaité, la prochaine
intrusion d'un quidam dans une caserne pourrait
se révéler désastreuse si ce dernier est un
terroriste ou un pyromane habité de mauvaises
intentions. La sécurité des personnes et des
biens devrait, en toute logique, commencer par
là. A moins d'attester, en manière de chute, un
autre dicton, tout aussi populaire, qui veut que
le cordonnier soit, souvent, le plus mal chaussé
!