LENDEMAIN DE LA VISITE DU
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE AU GABON
Nicolas Sarkozy marque son
intérêt pour la politique
d'ouverture de Bongo Ondimba
Le chef de l'Etat
français a tenu à souligner, vendredi 27
juillet, à l'hôtel Méridien Ré Ndama, aux médias
internationaux, toute l'importance de l'étape
gabonaise de son périple africain. " Il y a une
habileté du président Bongo Ondimba avec son
opposition " a souligné Nicolas Sarkozy y voyant
des similitudes avec sa propre méthode. Et
d'évoquer ensuite les intérêts stratégiques de
son pays en terre gabonaise, avant le dîner
républicain en son honneur auquel a participé la
classe politique sans exclusive
au palais du bord de mer.
NICOLAS Sarkozy, le chef
de l’Etat français, en décidant de se rendre
pour la première fois en Afrique subsaharienne
auréolé de sa forte légitimité populaire qui lui
confère incontestablement une grande liberté à
entreprendre la "rupture " proclamée avec
ce continent, n'imaginait pas devoir faire acte
de pédagogie répétitive à adresse des médias
internationaux l'accompagnant à cette occasion.
Surtout pour leur faire comprendre une évidence
souvent volontairement ignorée et méconnue. A
savoir que dans les relations entre les Etats
modernes, moins que les liens affectifs ou
'amitié qui peuvent se nouer au fil du temps
entre les différents dirigeants politiques, ce
sont davantage les intérêts économiques et
stratégiques qui constituent les fondements
solides de toute coopération bilatérale active.
En d'autres termes, ce
principe de base est fondamental en ce qui
concerne la vieille relation qui existe entre
son pays, la France et le Gabon.
Hôte de son homologue, le
président Omar Bongo Ondimba, reconnu comme le
témoin privilégié et l'artisan indiscutable de
cette relation exceptionnelle ancrée solidement
dans l'Histoire, sur la base des accords conclus
depuis l'accession du Gabon à la souveraineté
nationale, sa visite effectuée au pas de charge,
en aller-retour, vendredi 27 juillet, est à cet
égard mémorable. Car, elle aura permis de
découvrir la personnalité attachante de ce jeune
président réputé incarner la "rupture"
dans la conduite des relations
franco-africaines, le plus souvent regardées
uniquement de façon lapidaire sous l'angle
réducteur du " maître et de l'esclave ",
ou d'anciens colonisateurs et colonisés, prompt
à revêtir sa robe d'avocat en vue de persuader
ses concitoyens de la place de choix à accorder
au Gabon dans le partenariat refondé que
lui-même s'est engagé à impulser pendant ce
quinquennat.
Certes, le président
français s'est bien gardé d'entrer dans les
détails, pour expliquer le sens profond de son
séjour dans la capitale gabonaise, lequel va
bien au-delà de la défense de l'environnement
figurant officiellement en première ligne de ce
voyage. Pour preuve, son invite au devoir de
mémoire lancée à ses compatriotes qu'il a
exhortés à mieux connaître "l’histoire de là
France " pour saisir tous les contours
stratégiques de sa coopération avec le Gabon.
Sur place, les initiés de cette relation
spéciale n'avaient pas besoin d'un dessin pour
décrypter ce partenariat fécond pour Paris, tant
au plan politique, économique, qu'industriel,
avec ce pays subsaharien petit par la taille,
mais "véritable scandale géologique" pour
ce qui est des matières premières (or, gaz,
manganèse, bois, uranium...) exploitées par des
entreprises françaises et utilisées dans toute
la gamme industrielle, dont la haute technologie
scientifique des puissances nucléaires. Sans
oublier que le chef de l’Etat français ne perd
pas de vue que le Gabon est surtout un pays
producteur de pétrole.
"Croyez moi, j'ai beaucoup
réfléchi sur les étapes à retenir pour ce
périple. J'en ai conclu que je n'avais aucune
raison d'offenser les amis traditionnels et
fidèles de la France "
a fait savoir sur le ton du défi M. Sarkozy,
souriant et disposé à consacrer plus de temps à
faire en sorte qu'on ne se trompe pas sur
l'essentiel des relations d'Etat à Etat. Le
moins qu'on puisse dire est que le but de
(exercice a été atteint, et que chacun s'est
rendu compte que sur le plan économique, la
présence française est très forte sur le marché
gabonais. Où, entre 60 et 70% des
investissements étrangers sont français, en
somme 150 filiales ou succursales d'entreprises
françaises v sont présentes en force. Voilà,
donc, qui a suffi à rappeler à l'ordre les
journalistes qui ont cru bon de lui faire le
reproche d'être venu à Libreville plutôt que
d'aller en villégiature dans certains pays
africains n'appartenant pas à la zone
d'influence française en Afrique, et où la
France, manifestement, n'a pas d'intérêts
économiques.
DIMENSION •
L'autre dimension
importante de cette visite, tout aussi
incomprise par nombre de ses concitoyens, et qui
a nécessité de la part du président français
qu'il parle franchement de sa portée concerne la
politique à proprement parler. Ce volet du
voyage semble échapper à beaucoup d'observateurs
venus dans sa suite, pour lesquels un président
français doit toujours trouver à redire sur la
longévité aux affaires de son homologue. Sans la
moindre hésitation, en tout cas, "Sarko"
a balayé d'un revers de la main cette conception
dépassée des rapports entre deux Etats
souverains, laissant entendre clairement que son
périple n'avait pas vocation à donner des leçons
de démocratie.
Mieux, sa réponse a été
nette et appelle à une remise en cause des vieux
paradigmes : "Vous jugez trop sévèrement le
Gabon (:..) Il y a une habileté politique du
président Bongo Ondimba ave son opposition ",
a-t-il noté. Néanmoins, il a tenu à ajouter qu'
" il ya des tas de progrès à faire ici ",
mais il s'insurge contre les attaques excessives
proférées à l'encontre du président gabonais. A
juste titre, car ce n'est pas de cette façon
qu'on doit traiter un compagnon de la France, un
relai incomparable de sa diplomatie en Afrique,
sans lequel bien des initiatives régionales et
continentales, auraient connu un autre sort.
Grâce à cette prise de position objective, le
président Nicolas Sarkozy s'est engagé à
continuer de servir de porte-parole et d'avocat
auprès des institutions internationales et en
Europe, pour témoigner des évolutions politiques
accomplies depuis 2990 à l'échelle nationale.
Dans une allusion à la
constance du dialogue politique entre la
majorité présidentielle et l'opposition depuis
cette période, il a noté l'existence de cette
méthode politique conviviale au Gabon, soucieux
de faire comprendre que la stabilité remarquable
vécue par ce pays depuis un demi siècle, et
enviée à l'échelon du continent n'est pas le
fait du hasard. Elle a des ressorts contenus
dans la politique d'ouverture pratiquée par son
homologue gabonais. Le président Bongo Ondimba,
justement, régulièrement élu à la magistrature
suprême associe toujours l'opposition aux
affaires sans que le pays vive en système de
cohabitation. L'écho de cette méthode qui évite
la balkanisation du pays lui est souvent
parvenu. A ses yeux, elle doit faire école.
En France, dorénavant, les
deux gouvernements formés après l'élection
présidentielle et les élections législatives qui
lui ont donné une majorité parlementaire à
l'Assemblée nationale portent aussi cette marque
d'ouverture à l'opposition, au parti socialiste
en particulier. Autant qu'on sache, ce modèle
politique est une nouveauté de la démocratie
française, à travers laquelle le nouveau
président français révolutionne la pratique en
la matière, approuvé en cela par l'immense
majorité de ses concitoyens. Mais qui d'autre,
mieux que lui-même, avait depuis longtemps
conscience que c'est un trait caractéristique du
modèle politique gabonais. Et puis, s'il y en
avait encore, certains dans sa délégation, pour
le méconnaître, la preuve cinglante leur a été
donnée par le chef de l'Etat, M. Omar Bongo
Ondimba, en personne, au dîner républicain
offert à son hôte au palais du bord de mer.
L'opposition gabonaise, sans exclusive, a
répondu à son invitation. C'est d'autant plus un
acte fort en sa faveur qu'à l'étape précédente,
à Dakar pour ne pas la citer, Nicolas. Sarkozy
avait reçu l'opposition au président Abdoulaye
Wade, prenant ainsi le risque de mécontenter son
homologue. Le fait, enfin, de le reconnaître,
est de la même façon un acte fort du président
français, dont nul ne remet en cause les
relations honnêtes avec le "Doyen" ainsi
qu'il l'appelle respectueusement. D'ailleurs, à
un journaliste qui lui demandait: pourquoi
l'appelez-vous ainsi ? Sa réponse a fusé nette
et instructive : " En Afrique, quand vous y
venez, sachez que ça compte ". Au final,
c'est l'autre invite à la France, à soutenir
cette relation avec un partenaire qui accueille
une importante communauté française et une base
militaire pré positionnée et en alerte, dont il
s'est félicité qu' " elle est celle qui ne
nous pose pas de problème ".
A l'heure du bilan, si
l'on en juge par le déplacement symbolique du
président français dans la forêt de la Mondah,
où il a passé l'après-midi avec les ONG et pris
l'engagement de transformer 50 millions d'euros
de dette gabonaise en investissement dans la
forêt gabonaise, ne pas tout de même y voir un
signe de " rupture " serait faire montre de
mauvaise foi. Sa secrétaire d'Etat aux Affaires
étrangères, chargée des Droits de l'Homme, Rama
Yade, dans un salon de l'Hôtel Ré Ndama, aura
elle également passé l'après-midi à s'entretenir
avec des Organisations non gouvernementales. Pas
avec les politiques. C'est un signe
supplémentaire non négligeable.