En dépit du constat fait sur la montée
vertigineuse de la criminalité et de la grande
délinquance, le gouvernement se mure dans un
mutisme assourdissant quand il ne fait pas dans
la politique spectacle.
L'HEURE est sans doute
grave. En l'espace de quelques jours seulement, le
ministre de la Justice Garde des Sceaux, Martin Mabala,
et le président de l'Assemblée nationale, Guy Nzouba
Ndama se sont intéressés à la question récurrente de
l'insécurité dans notre pays.
Le premier, s'est
dernièrement rendu à Lambaréné, chef-lieu de la province
du Moyen-Ogooué, théâtre ces derniers temps de
disparitions étranges, de noyades suspectes,
d’enlèvements d'enfants à répétition el d'assassinats
crapuleux. El, pour montrer que l'indice de la
criminalité a grimpé d'un cran, pour ne pas dire qu'il
se situe désormais à une échelle un peu plus élevée et
que la dose d'horreur n'avait pas encore atteint son
pic, un chien errant déambulait dans les rues de
Lambaréné avec dans sa gueule un bras humain. Effarant!
Le second, Guy Nzouba
Ndama, a sonné le tocsin lundi dernier, lors de son
allocution marquant la clôture de la première session
ordinaire de l'Assemblée nationale. Le président de
cette institution a ouvertement demandé au gouvernement
de prendre à bras-le-corps le phénomène de l'insécurité
qui tend à s’accroitre dangereusement et qui affecte les
populations dans leur vil' quotidienne. Car, outre les
crimes constatés sur fond de sacrifices humains, il se
développe dangereusement une délinquance de proximité,
au point que certains quartiers de Libreville, sont
devenus des zones de non-droit.
A l'évidence, la descente à
Lambaréné du ministre de la Justice et la montée au
créneau du président de l'Assemblée nationale
démontrent, s'il en était besoin, que la situation
nécessite des solutions appropriées en urgence. Du
reste, ces deux sorties ne sont pas les seules à
illustrer la gravité du phénomène.
"Enrayer la délinquance"
y compris bien sûr la criminalité sous toutes ses formes
et "restaurer la légalité républicaine", est
l'appel lancé par l'élu du canton Lolo-Wagna à
l'Assemblé nationale au gouvernement. Sauf que pour
opportun que se présente cet appel, celui-ci ne semble
pas ébranler outre mesure le premier responsable en
charge de la sécurité des Gabonais: le ministre de
l'Intérieur, André Mba Obame.
Le membre du gouvernement
faisait part, il n'y a pas très longtemps encore, à nos
confrères de la station panafricaine Africa N°1 qui
l'interrogeaient justement à propos de la montée
vertigineuse de la criminalité, "qu'il n'y avait pas
péril en la demeure". Pour le moins une
sous-évaluation de la situation réelle qui prévaut dans
la capitale!
Au fol espoir suscité par
la création de la police de proximité a succédé un
sentiment de déception, disons même de révolte face à
cette unité de la police qui ne remplit pas, sinon plus,
la mission qui lui était assignée. D'autant que la
délinquance de proximité, ainsi que mentionné plus haut,
se développe elle aussi dangereusement. Cela, même dans
le périmètre où les policiers ont établi leurs quartiers
!
A cette déception des
populations due a l'inefficacité des forces de l'ordre,
s'ajoute un sentiment d'impunité du fait que certains
crimes et autres infractions de proximité commis sur les
paisibles citoyens ne sont jamais élucidés. Pis, ces
affaires sont classées sans suite. Ce qui encourage fort
logiquement la délinquance et dissuade les citoyens de
porter plainte mais plutôt de se faire justice
eux-mêmes, comme en témoigne l'augmentation des cas de
lynchages populaires dans les quartiers sous-intégrés de
Libreville.
Au demeurant, la faiblesse
ou l'absence d'action répressive aggrave
considérablement le phénomène, puisque, dans certaines
juridictions, le constat est désormais établi que de
nombreuses affaires non élucidées en ce domaine sont
classées sans suite par les parquets. Une vacuité
judiciaire qui tient aussi à la difficile collaboration
entre les officiers de police judiciaires (OPI) et les
magistrats. Ce qui complique et rend inopérante, on s'en
doute, l'action de la justice. A un moment où des
solutions appropriées pour lutter contre la criminalité,
le grand banditisme et la délinquance de proximité
s'imposent.