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Le quotidien l'Union du 18 Octobre 2007

 

TRIBUNE LIBRE

Bélinga : au-delà de l'émotion, de la polémique et du spectacle

DEPUIS bientôt un mois, l'actualité de notre pays est rythmée par les prises de position relatives au projet Belinga. Marches, motions de soutien se succèdent à un rythme frénétique pour dire l'attachement des différentes couches de la société à la réalisation de ce projet que l'on dit porteur d'espérance et de mieux-être pour a Communauté nationale.

L'affaire Bélinga regroupe, en réalité, deux affaires : celle liée à la protection de l'environnement et celle liée à la construction d'infrastructures publiques. Sur les considérations environnementales, beaucoup de choses ont été dites. Le président de la République lui-même s'est longuement exprimé là-dessus, indiquant la voie à suivre. Il apparaît que, loin de vouloir renoncer à ses engagements internationaux en la matière, le Gabon entend faire des considérations environnementales l'un des fondamentaux de son orientation économique et industrielle. « La prise en compte permanente de la dimension environnement a toujours été une constante de ma politique », a rappelé Omar Bongo Ondimba, poursuivant : « En créant 13 parcs nationaux, le Gabon est devenu (...) le deuxième pays à protéger la nature à ce niveau ». Et, de trancher : « Et, je suis prêt à aller plus loin ».

Pour le président de la République, l'écologie est donc « conviction et engagement ». Reste que sa responsabilité historique lui commande de songer « au développement, au bien-être, au progrès et à la prospérité » du Gabon et de ses enfants. C'est ici qu'apparaît l'autre aspect de l'affaire Belinga, celui lié au développement d'infrastructures publiques. A ce jour; que sait-on de ce volet ? Que le gouvernement entend construire, avec l'appui de la République populaire de Chine, une voie ferrée reliant notamment Ntoum à Santa Clara, une centrale hydroélectrique en aval de Makokou sur le site de Kongou, un port en eau profonde dans la baie de la Mondah et, un aéroport dans la même zone. « Ces infrastructures sont indispensables à l'exploitation du gisement de Belinga », a expliqué Omar Bongo Ondimba, avant de préciser : « Si je dois préserver la nature, je dois tout autant assurer le développement du Gabon ».

Tout le fond du débat est là comment concilier préoccupations économiques, industrielles et sociales, d'une part, et considérations environnementales, de l'autre ? On aurait aimé qu'à la suite du propos présidentiel, l'élite nationale engagé ce débat de fond portant sur les choix de politique d'aménagement et les différentes o,Puons de développement qui s offrent à nous. Mais, voilà que l'émotion et le spectacle nous emportent frénétiquement, obérant ainsi notre capacité d'analyse qui seule devrait nous permettre de fournir aux décideurs les outils d'aide à la décision susceptibles de faire de Belinga un projet véritablement structurant pour l'économie nationale. Les mines, l'énergie, l'eau et les infrastructures portent - ne l'oublions pas - l'avenir économique, industriel et social de notre pays.

DEBAT NATIONAL. Il n'est donc pas superflu que les élites nationales se servent de l'occasion ainsi offerte pour ouvrir un débat national sur les choix les mieux à même de faire du Gabon un pays d'excellence, un pays ancré a ses réalités, ouvert agreste de l'unité, aux préoccupations de l'époque et qui, tout en se frayant un chemin vers le développement économique et social, rend pleinement sa part dans l'équilibre de la planète. Au- delà de la double nécessité de parvenir à la prise en compte du « coût de renonciation » ou « coût d'opportunité » lié à la protection de la nature dans nos relations avec la communauté financière internationale et à un plus grand respect des lois et règlements nationaux, le défi qui se pose à nous est celui de la formulation d'une politique nationale d'aménagement et de développement durables. Face à nous se donc un formidable challenge Et, nous n'avons pas le droit de l'éluder, le travestir, le détourner ou l'étouffer dans l'oeuf en nous enfermant dans des postures résolument polémiques, qui cachent mal une mauvaise perception des enjeux et surtout l'incapacité de beaucoup d'entre nous à procéder au décollage conceptuel, à suggérer des pistes de réflexion et finalement à contribuer à la structuration d'une authentique vision nationale.

Au centre du débat relatif à l'affaire Bélinga, la construction d'un barrage hydro-électrique sur les chutes de Kongou. Mille fois répétée, l'idée est que la construction de ce barrage entraînera des retombées non négligeables pour l'Ogooué-Ivindo et le Gabon tout entier production d'énergie électrique, extraction du minerai de fer et donc création d'emplois et de richesses au bénéfice des communautés locales .... Le coût de la construction de ce barrage est estimé à 353 milliards de francs. Hormis le fait que l'étude d'impact environnemental et social relative à ce projet n'ait jamais été produite, le problème majeur réside dans le fait que la construction de ce barrage semble procéder beaucoup plus de l'exploitation future du gisement de fer de Belinga que de la volonté de formuler et mettre en oeuvre une politique énergétique nationale maîtrisée.

Un million de personnes déplacées, 19 villes et comtes inondés, présence du méthyl-mercure dans la ressource halieutique, et 18,5 milliards de yuan (environ 1 200 milliards de nos francs) dégagés du coût global du projet et affectés au relogement des populations. Voilà, grosso modo, les impacts négatifs de la construction du barrage des 3 Gorges en Chine, pays adjudicataire du marché lié au projet Belinga. "Les conséquences conseillent mieux que les conseils", dit un adage populaire bien connu. Sans vision globale de notre futur du point de vue énergétique et en l'absence d'une étude d'impact environnemental et social, il est à craindre que nous soyons, plus tard, confrontés à d'autres problèmes liés, pêle-mêle, au dimensionnement du barrage, à son insertion dans le tissu économique national, à la modification des conditions climatiques en aval de Makokou, à la perte de diversité biologique et à la variation du débit du fleuve Ivindo.

ETUDE IYIIVIPACT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL. Pour s'assurer définitivement que nous ne serons jamais condamnés, dans ce domaine précis, à agir dans l'urgence avec toutes les incertitudes que cela comporte, il y a lieu d'agir en deux temps. Conformément aux dispositions des lois 16/93 du 25 août 1993 et 03/2007 du 27 août 2007, il convient de lancer, dès à présent, les travaux relatifs à l'étude d'impact environnemental et social. Loin d'être une formalité administrative, cette étude permettra la formulation d'un Plan de gestion environnemental et social (PGES) qui, seul, eut nous permettre de faire face avec succès aux éventuels risques liés à la construction de ce barrage. Et pour cause :outil de développement durable, le PGES identifiera les éventuels risques, les mesures d'atténuation desdits risques, les personnes ou structures, nationales ou internationales, ayant l'expertise requise pour la mise en oeuvre des mesures de qui seraient ainsi intégrés en amont au budget général du projet. Dans un second temps, il nous faut réfléchir à une poli tique énergétique globale et maîtrisée. Entre vent, gaz ; soleil et hydrographie, notre pays dispose de plusieurs options au plan énergétique. Le véritable défi aujourd'hui consiste à établir des synergies entre les différents types d'énergies afin de parvenir à une gestion rationnelle et maîtrisée. Au-delà de la question énergétique, la construction du barrage de Kongou pose le problème de la gestion des plans d'eau et de la maîtrise des eaux. Notre vision, notre projet doit faire le lien entre maîtrise de l'énergie et gestion de l'eau.

En effet, bien naturel et culturel, économique et social, l'eau ne peut être gérée comme un bien marchand. Sa gestion nécessite donc la mobilisation d'importants moyens financiers et techniques. Il s'agit, entre autres, de rechercher une implication des administrations centralisées et décentralisées, des entreprises, utilisateurs... afin d'asseoir un schéma qui s'inscrit dans la durée et s'appuie sur une gestion décentralisée et démocratique. Bien que l'eau potable soit considérée chez nous, comme un acquis, il y a lieu de rappeler que la consommation moyenne d'eau pour un adulte est évaluée, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), à vingt litres par jour. Or, les différentes régions de notre pays n'ont pas toujours le même niveau de développement.

(A suivre)

*Ancien journaliste

Source : Journal L'Union Plus du 18/10/2007

 

 



   

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