PARLEMENT
L'Assemblée nationale va-t-elle lever l'immunité
du député Joseph Mboumba
Au ferme de la plénière de
jeudi dernier consacrée à ce sujet, il reste au
Bureau de la Représentation nationale de se
prononcer si ce parlementaire pue désire
entendre la justice dans une affaire de meurtre
doit ou non se soumettre à la procédure
judiciaire.
L'ASSEMBLÉE nationale doit se
prononcer sur la levée ou non de l'immunité du
député du département de Ndougou, Joseph Mboumba,
à la demande de la justice gabonaise qui
voudrait l'entendre dans l'affaire du meurtre de
Mathieu Mavoungou et Sylverse Moussounda Ditona,
qui ont trouvé la mort lors de l'abordage entre
deux pirogues motorisées à Gamba en décembre
2006.
Cet élu national du Parti
démocratique gabonais, a été mêlé à cette
affaire par la seule allusion de la presse et
autres supputations sur la responsabilité,
l'implication d'une "grosse légume",
ayant commandité ce crime, dont les présumés
auteurs Jean-Christian Mavoungou Animba, Serge
Mboumba, Elie Ikapi, Claude Mbatchi Nono et
Antoine Makanga, sont déjà entre les mains de la
justice.
Bénéficiant d'une immunité
garantie par l'article 38 de la Constitution
gabonaise, protection juridique réglementée par
les articles 72 du Règlement de l'Assemblée
nationale, lesquels stipulent que : " aucun
député ne peut, pendant la durée des sessions,
être poursuivi ou arrêté en matière criminelle
ou correctionnelle qu'avec l'autorisation du
Bureau de l'Assemblée, sauf cas de flagrant
délit, de poursuites autorises ou de condamnation
définitive'; sa levée a exigé l'ouverture
d'une procédure parlementaire telle que définie
par l'article 73 de la Loi organique). Laquelle
énonce qu'"il est constitué, pour
chaque demande de levée de l'immunité
parlementaire d'un député ou pour chaque
demande de suspension de poursuites
judiciaires engagées, une commission ad
hoc de onze membres nommés selon la
procédure prévue à l'article 30".
Cette commission ayant été
mise en place et présidée par l'honorable
Jules-Aristide Bourdès Ogouliguendé, depuis juin
dernier, a auditionné le député Joseph Mboumba,
assisté de son conseil, Me Moubéyi-Bouale, pour
l'entendre sur cette affaire qui a agité les
milieux parlementaires qui se plient, pour la
première fois depuis l'avènement de la
démocratie, à une telle procédure, même si dans
les années 80, le député de la Douigny, Nguimbi
Jérôme, impliqué dans l'affaire du Morena, avait
vu son immunité parlementaire levée. Me
Moubéyi-Bouale a défendu son client, en
indiquant qu'il n'avait aucun mobile pour
attenter à la vie du défunt Mathieu Mavoungou,
qui était son oncle, d'autant que leurs rapports
ne souffraient sans que l'on établisse les
faits. Son client bénéficie de la présomption
d'innocence, aucune preuve irréfutable de sa
participation à l'assassinat évoqué n'ayant été
fournie.
PROCEDURE• C'est donc à
la suite du rapport rendu par ladite commission
ad hoc sur cette audition, que la plénière de
jeudi 18 octobre dernier, a été convoquée au
palais Léon Mba. Au cours de celle-ci, la
procédure voulant que dans les débats ouverts
lors des séances publiques, répondant à
l'article 73 du Règlement de l'Assemblée
nationale, 'peuvent seuls prendre la
parole, le rapporteur de la commission,
le gouvernement, le député intéressé ou son
conseil, un orateur pour et un orateur contre.
Après le rapport d'étape de
la Commission ad hoc sur la mission qui lui a
été assignée, le débat ouvert a amené le
gouvernement, via, le ministre de la Justice
Garde des Sceaux, Martin Mabala, à donner sa
position. Il a naturellement souhaité que la
levée de l'immunité soit prononcée pour que le
député concerné réponde devant la justice. Une
position soutenue bien évidemment par le député
intervenant pour la levée de l'immunité. Un rôle
difficile et risqué qui a été confié à Jules
Aristide Bourdès Ogouliguendé, dans le cadre du
jeu parlementaire en vigueur durant cette
procédure. Il a indiqué qu'il fallait que
l'intéressé prouve son innocence, en ajoutant de
même qu'il ne se présente pas devant la justice,
action judiciaire ouverte allait être bloquée
tant que son immunité ne sera pas levée. Ce qui
maintiendrait la procédure en l'état avec les
conséquences qui en découleraient pour toutes
les autres personnes impliquées dans cette
affaire qui aura défrayé la chronique à Gamba et
dans le département de Ndongou. En revanche, le
député Ndong Nguéma, s'exprimant contre la levée
de cette immunité, a estimé, lui, que son
collègue bénéficiait de la présomption
d'innocence, car aucun élément contenu dans le
dossier ne permettait son implication directe
dans ce double assassinat.
DEFENSE• Dans sa
plaidoirie faite dans l'hémicycle du palais Léon
Mba, Me Moubéyi-Bouale, a dit que le principe de
la légalité veut que toute incrimination et
répression ne peuvent résulter que de loi, il a
rappelé également le principe de l'égalité de
tous les citoyens devant la loi, la justice et
les charges publiques. Mais, pour lui, tout en
reconnaissant ces deux principes, la
Constitution en son article 38, prévoit une
planification principes de l'égalité et de la
égalité, à travers le principe de l'immunité.
Celui-ci prévoyant qu'au cours de son mandat, un
membre du Parlement ne peut être détenu et
poursuivi qu'avec l'autorisation du Bureau de la
Chambre au sein de laquelle il siège. Le
législateur gabonais essaye de protéger ses
institutions des procédures intempestives
pouvant bloquer leur fonctionnement, celui des
groupes parlementaires, et autres. A ce titre,
si le député est un justiciable comme tous les
autres citoyens, il est nécessaire de s'entourer
de toutes les conditions pour parvenir à la
levée de son immunité, argue l'avocat. Or, à
l'examen du dossier, faisant état de ce que
pendant l'enquête préliminaire à Gamba, il
affirme que le député joseph Mboumba n'a jamais
été cité comme personne impliquée dans cette
affaire. En dépit des aveux de quelques accusés,
notamment ceux de Jean-Christian Mavoungou
Animba, présenté comme le maître d'oeuvre de
l'acte abominable, puisque ni lui, encore moins
les autres, n'ont jamais cité l'honorable
Mboumba comme commanditaire. II n'a participé ni
de près ou de loin a la commission des faits.
Pour mieux étayer sa défense, Me Moubeyi-Bouale
a révélé que durant la phase d'instruction
devant le procureur, de l'interrogatoire au fond
et même lors de l'interrogatoire en
confrontation, l'élu national Mboumba n'a jamais
été cité par les prévenus. Le Conseil a retenu
le fait que si deux ou trois des personnes
soupçonnées d'avoir commis ce crime avaient cité
son client, il devait répondre devant la
justice. Mais ne l'ayant pas été à aucun moment,
en dehors des allusions faites par la presse,
convaincu qu'aucun élément ne permettait de
l'impliquer dans cette affaire, il a conclu
qu'il faut s'opposer à la levée de l'immunité
parlementaire.
Il faut dire qu'après cette
séance pour le moins inédite et déterminante
dans l'appréciation par l'Assemblée nationale
des contours de cette affaire, au terme de la
première phase d'instruction de Gamba et au
Tribunal de Port-Gentil, il reste donc à la
commission ad hoc de faire son rapport au Bureau
de l'Assemblée nationale qui, en dernier
ressort, se prononcera dans les plus brefs
délais, pour permettre à la justice de
poursuivre le cours normal de la procédure.