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Le quotidien l'Union du 31 Octobre 2008

 

REGARD POLITIQUE

A propos de la destruction des marchés spontanés

Un couteau à double tranchant

Au fond, la controverse qu'a suscitée la destruction des marchés spontanés des feux tricolores de Nzeng-Ayong, du rond-point d'Awendjé et de l'ex-gare routière n'avait pas lieu d'être. Non seulement parce que ces marchés n"étaient pas prévus, dans le plan directeur de la ville de Libreville, pour être érigés à ces endroits précis, mais en plus, leur présence en ces lieux de forte circulation routière avait fini par provoquer un véritable pataquès, voire une anarchie. A telle enseigne qu'il s'était créé à Nzeng-Ayong et à la gare-routière, notamment, une situation de chaos presque indescriptible, comme s'il s'agissait de zones de non-droit.

Ainsi qu'on le rapportait fort justement dans notre édition du mercredi 22 octobre 2008, l'opération entreprise par l'autorité municipale de la ville de Libreville, nonobstant les dégâts collatéraux qu'elle a pu engendrer, est pour le moins "salutaire" pour de nombreux usagers. A travers cette opération, le maire de Libreville invite en filigrane les commerçantes et commerçants de Nzeng-Ayong notamment à regagner le site qui avait été construit à leur intention dans un environnement pourtant approprié de ce vaste quartier de Libreville, il y a bien longtemps.

Ce marché municipal avait été très tôt boudé, puis abandonné par ceux et celles-là mêmes à qui il était destiné sous prétexte qu'il n'attirait pas grand monde du fait était positionné loin du passage des clients. Un argument à tout le moins simpliste qui ne peut à lui seul justifier qu'on ait pu établir, ou laisser établir un marché aux endroits susmentionnés perturbant considérablement la fluidité de la circulation.

Si l'on s'arc-boute sur ce raisonnement -consistant à dire crue les marchés sont souvent situés très loin des clients, il s'ensuit à l'évidence qu'il faut construire un marché au rond-point de Super-Gros, à celui des Affaires étrangères, de l'aéroport.

Si l'on peut considérer que la mairie est dans son bon droit et qui plus est, bénéficie de l'appui, même mesuré, d'une grande partie de l'opinion, il ne faut pas pour autant se gargariser trop vite. Car, le succès de la mairie ne pourrait se mesurer qu'à l'aune du départ définitif des commerçantes des différents sites détruits, d'autant plus qu'il semblerait que certaines feraient de la résistance, en bravant la décision municipale, s'obstinant à venir revendre là où elles ont été éconduites.

PARI RISQUE• De plus, cette mesure ne pourrait totalement bénéficier de façon définitive du soutien du plus grand

nombre que si les autres sites qui présentent également les mêmes caractéristiques sont détruits. On pense notamment aux marchés de Derriere-la-prison, du PK8, à celui du PK9 situé à proximité du lycée Doué Dabany qui

avait du reste donné lieu à un bras de fer entre l'ancien ministre des Travaux publics devenu opposant, Zacharie

Myboto, et l'actuel ministre des Transports, Jean Boniface Assélé. Inutile de dire que le premier n'avait pas fait fléchir le second qui bénéficiait semble-t-il d'un passe droit, d'autant que la réglementation en vigueur, en ce qui concerne les routes nationales, par exemple, impose aux uns et aux autres de construire au moins au-delà de 5 mètres, sinon au-delà de 10 mètres après les accotements.

Ceci a pour effet de sécuriser les personnes vivant aux abords des autoroutes et autres voies à grande circulation, de permettre à l'Etat, en cas de besoin, d'agrandir les routes, ou en cas d'accident de permettre aux véhicules suivants de se rabattre sur le bas-côté.

Autant de mesures qui ne sont pas forcément respectées à Libreville. Pas plus que ne sont respectés les trottoirs destinés aux piétons, mais pris d'assaut par des commerçant véreux avec parfois la complicité des personnalités influentes, comme ce vendeur de matériaux de construction situé à Lalala, le fief politique de l'édile de Libreville, juste à côté de l'école. Que dire aussi des "marchés" spontanés de "vin de palme" de Rio, du PK5, etc. ?

Le maire de Libreville a pris là un pari risqué en engageant cette opération au demeurant salutaire, mais qui peut cependant mettre à mal la paix sociale chère au président de la République. Du reste, l'appel du secrétaire général du PDG, Faustin Boukoubi, qui demandait à l'autorité municipale de prendre en compte les intérêts des commerçants, participe de cette volonté de la préserver. Même s'il reconnaît néanmoins qu'il était nécessaire de détruire l'image scabreuse qu'offraient et qu'offrent encore les marchés spontanés. Comme quoi, la décision municipale demeure un couteau à double tranchant.

 

Source : Journal L'Union Plus du 31/10/2008

 

 



   

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