REGARD POLITIQUE
A propos de la destruction des
marchés spontanés
Un
couteau à double tranchant
Au fond, la controverse qu'a
suscitée la destruction des marchés spontanés
des feux tricolores de Nzeng-Ayong, du
rond-point d'Awendjé et de l'ex-gare routière
n'avait pas lieu d'être. Non seulement parce que
ces marchés n"étaient pas prévus, dans le plan
directeur de la ville de Libreville, pour être
érigés à ces endroits précis, mais en plus, leur
présence en ces lieux de forte circulation
routière avait fini par provoquer un véritable
pataquès, voire une anarchie. A telle enseigne
qu'il s'était créé à Nzeng-Ayong et à la
gare-routière, notamment, une situation de chaos
presque indescriptible, comme s'il s'agissait de
zones de non-droit.
Ainsi qu'on le rapportait
fort justement dans notre édition du mercredi 22
octobre 2008, l'opération entreprise par
l'autorité municipale de la ville de Libreville,
nonobstant les dégâts collatéraux qu'elle a pu
engendrer, est pour le moins "salutaire" pour de
nombreux usagers. A travers cette opération, le
maire de Libreville invite en filigrane les
commerçantes et commerçants de Nzeng-Ayong
notamment à regagner le site qui avait été
construit à leur intention dans un environnement
pourtant approprié de ce vaste quartier de
Libreville, il y a bien longtemps.
Ce marché municipal avait été
très tôt boudé, puis abandonné par ceux et
celles-là mêmes à qui il était destiné sous
prétexte qu'il n'attirait pas grand monde du
fait était positionné loin du passage des
clients. Un argument à tout le moins simpliste
qui ne peut à lui seul justifier qu'on ait pu
établir, ou laisser établir un marché aux
endroits susmentionnés perturbant
considérablement la fluidité de la circulation.
Si l'on s'arc-boute sur ce
raisonnement -consistant à dire crue les marchés
sont souvent situés très loin des clients, il
s'ensuit à l'évidence qu'il faut construire un
marché au rond-point de Super-Gros, à celui des
Affaires étrangères, de l'aéroport.
Si l'on peut considérer que
la mairie est dans son bon droit et qui plus
est, bénéficie de l'appui, même mesuré, d'une
grande partie de l'opinion, il ne faut pas pour
autant se gargariser trop vite. Car, le succès
de la mairie ne pourrait se mesurer qu'à l'aune
du départ définitif des commerçantes des
différents sites détruits, d'autant plus qu'il
semblerait que certaines feraient de la
résistance, en bravant la décision municipale,
s'obstinant à venir revendre là où elles ont été
éconduites.
PARI RISQUE• De plus,
cette mesure ne pourrait totalement bénéficier
de façon définitive du soutien du plus grand
nombre que si les autres
sites qui présentent également les mêmes
caractéristiques sont détruits. On pense
notamment aux marchés de Derriere-la-prison, du
PK8, à celui du PK9 situé à proximité du lycée
Doué Dabany qui
avait du reste donné lieu à
un bras de fer entre l'ancien ministre des
Travaux publics devenu opposant, Zacharie
Myboto, et l'actuel ministre
des Transports, Jean Boniface Assélé. Inutile de
dire que le premier n'avait pas fait fléchir le
second qui bénéficiait semble-t-il d'un passe
droit, d'autant que la réglementation en
vigueur, en ce qui concerne les routes
nationales, par exemple, impose aux uns et aux
autres de construire au moins au-delà de 5
mètres, sinon au-delà de 10 mètres après les
accotements.
Ceci a pour effet de
sécuriser les personnes vivant aux abords des
autoroutes et autres voies à grande circulation,
de permettre à l'Etat, en cas de besoin,
d'agrandir les routes, ou en cas d'accident de
permettre aux véhicules suivants de se rabattre
sur le bas-côté.
Autant de mesures qui ne sont
pas forcément respectées à Libreville. Pas plus
que ne sont respectés les trottoirs destinés aux
piétons, mais pris d'assaut par des commerçant
véreux avec parfois la complicité des
personnalités influentes, comme ce vendeur de
matériaux de construction situé à Lalala, le
fief politique de l'édile de Libreville, juste à
côté de l'école. Que dire aussi des "marchés"
spontanés de "vin de palme" de Rio, du PK5, etc.
?
Le maire de Libreville a pris
là un pari risqué en engageant cette opération
au demeurant salutaire, mais qui peut cependant
mettre à mal la paix sociale chère au président
de la République. Du reste, l'appel du
secrétaire général du PDG, Faustin Boukoubi, qui
demandait à l'autorité municipale de prendre en
compte les intérêts des commerçants, participe
de cette volonté de la préserver. Même s'il
reconnaît néanmoins qu'il était nécessaire de
détruire l'image scabreuse qu'offraient et
qu'offrent encore les marchés spontanés. Comme
quoi, la décision municipale demeure un couteau
à double tranchant.