LEGISLATIVES 2006 / AU DERNIER
JOUR DE L'EXAMEN DU CONTENTIEUX POST-ELECTORAL
Coup de
tonnerre à Lalala
La Cour constitutionnelle qui
a rendu public le samedi 31 mars 2007 les
dernières décisions du volumineux contentieux
soumis à son examen, a invalidé l'élection de
l'ancien Premier ministre, Jean-François
Ntoutoume Emane pour corruption avérée et
falsification des résultats.
POUR
une surprise, l'invalidation de l'élection du
candidat du Parti démocratique gabonais au 2e
siège du 5e arrondissement de Libreville,
Jean-François Ntoutoume Emane, en est une,
assurément. Car dans l'affaire l'opposant à
Raymond-Placide Ndong Méyo du Rassemblement pour
le Gabon (RPG), lui aussi candidat à ce même
siège, personne, pas même les commentateurs
politiques les plus avisés, ne pouvait parier
qu' elle se trancherait aux torts de l'ancien
Premier ministre.
Pourtant, tel est bien le
verdict de la Cour constitutionnelle. Qui donne
du coup raison à Raymond-Placide Ndong Méyo qui
l'avait saisie aux fins qu'elle annule ladite
élection, du fait de nombreuses irrégularités
ayant émaillé le scrutin dans ce siège du 5e
arrondissement de Libreville à l'issue duquel
Jean-François Ntoutoume Emane avait été déclaré
élu.
Manifestement, la requête de
Raymond Placide Ndong Méyo a abouti dans le sens
qu'il avait souhaité. D'autant que la haute
juridiction a effectivement reconnu que les
élections dans ce siège ne se sont pas déroulées
dans le strict respect des dispositions de la
loi électorale. Puisqu'il est porté à l'actif du
fils de Lalala la falsification des résultats
électoraux dans plusieurs bureaux de vote, la
modification des observations faites par les
représentants des différents candidats dans
plusieurs procès-verbaux, au point qu'il est
apparu des différences énormes entre les procès-
verbaux détenus par la Cour constitutionnelle et
ceux présentés par le candidat déclaré élu.
Irrégularités auxquelles il faut ajouter les cas
de corruption avérée. A ce sujet justement
l'enquête diligentée par la Cour
constitutionnelle confirme les témoignages du
représentant du RPG qui affirme avoir reçu la
somme de 500.000 francs dans le but de falsifier
les résultats électoraux par le bourrage des
urnes. Quoiqu'ayant accepté l'argent, il dit
avoir refusé de respecter les termes du contrat.
Comme si le fait d'avoir accepté cet argent
visait un but : débusquer les lièvres par
exemple.
PARTIELLE. La même
enquête révèlerait que la représentante des
partis politiques de l'opposition dans ce même
siège avait elle aussi été approchée par les
partisans de Jean-François Ntoutoume Emane dans
le but de falsifier les procès-verbaux contre la
somme de 400.000 francs. Cette dernière ayant
refusé l'offre, elle a été proprement "virée" de
son bureau.
Autant de faits allant à
l'encontre des dispositions de la loi 7/96
modifiée relative aux élections politiques au
Gabon et qui constituent pour le moins des
causes d'annulation d'une élection. Puisqu'il a
été démontré que le candidat du PDG a utilisé
des moyens illégaux, qui ont fortement altéré le
scrutin, dans le but de remporter les élections.
Au reste, l'audience de
samedi dernier a donné lieu à trois autres
annulations, partielles celles-là. Et dont deux
d'entre elles ont débouché sur un retour aux
urnes. C'est le cas de Claudio Ndembi Nzinga de
l'UPG au 1er siège du 5e arrondissement de
Libreville, dont l'élection sera reprise au
centre de vote de Bisseghé, notamment au bureau
de vote N°7 mis en cause par son principal
adversaire, Louis-Daniel Akerey Rassaguiza et
où, effectivement, la Cour constitutionnelle a
reconnu que des irrégularités y ont été commises
durant le scrutin. La suppression des résultats
dudit bureau sur l'ensemble des résultats dans
ce siège a fait que le candidat de l'UPG a perdu
l'avance qu'il avait sur ses adversaires.
Il en est de même en ce qui
concerne le 3e siège du département du
Komo-Kango. Où là aussi les élections seront
reprises dans le bureau de vote d'Andok Foula,
les précédentes ayant tout simplement fait
l'objet d'annulation par la haute juridiction
qui a remis en cause la sincérité du scrutin
dans ce bureau d'Andok Foula.
S'agissant de l'élection de
l'actuel premier vice-président de l'Assemblée
nationale Daniel Ona Ondo, si les résultats de
quatre bureaux de vote ont été invalidés, il
reste que cela ne remet nullement en cause son
élection.
Pour le reste, Jean Boniface
Assélé et Rose-Marie Melighé-Me-Ngwa n'ont
pas eu gain de cause. Leurs requêtes ayant tout
simplement été rejetées pour avoir versé dans
leurs dossiers des arguments inopérants.
Commencées le vendredi 23
février 2007, les audiences publiques à la Cour
constitutionnelle sont donc arrivées à leur
terme samedi 31 mars dernier, après plus de deux
mois d'examen d'un contentieux qui s'est avéré
aussi dense que riche en enseignements. Pour la
circonstance, la présidente de la Cour
constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo a
fait une déclaration dans laquelle elle situe
non seulement le rôle de la Cour
constitutionnelle, mais stigmatise la classe
politique, notamment certains acteurs qui se
livrent à des pratiques qui contreviennent à la
loi en voulant coûte que coûte se faire élire.