HABITAT
Une
autre approche pour réduire le déficit de
logements au Gabon.
Par Chil J.B. MBIKA- MBONGUILA*
4/- La Banque de l'Habitat du
Gabon (BHG)
La Banque de l'Habitat du
Gabon dont les statuts portant création ont été
certifiés le 25 Janvier 2005, est née de la
volonté du Chef de l'Etat de mettre en oeuvre un
établissement bancaire capable de contribuer
efficacement et durablement à la résorption de
l'important déficit constaté dans le secteur de
l'aménagement foncier et de la construction.
La Banque de l'Habitat du
Gabon est une filiale de la Banque Gabonaise de
Développement. Les ressources de cet
établissement bancaire proviennent également de
la reprise de l'actif du CREFOGA et de ses
créances douteuses.
La BHG a pour ambition de
promouvoir le logement social au Gabon. Pour ce
faire, elle vise donc à soutenir et à augmenter
l'épargne et l'investissement des ménages à
faibles revenus pour accéder à la propriété.
Elle contribue à l'amélioration du financement
de l'habitat en direction de cette catégorie de
la population en assurant aussi bien sa sécurité
et sa rentabilité compte tenu de sa qualité
d'établissement bancaire.
La BHG a donc pour mission
d'augmenter le volume de la clientèle pouvant
avoir accès aux crédits moyen et à long terme.
En effet, la BHG finance tout
projet bancable présenté par un promoteur
immobilier que ce soit pour la viabilisation de
terrains ou la construction de logement.
La BHG finance également les
particuliers souhaitant améliorer leur
habitation, acquérir un nouveau logement ou
encore acheter une parcelle.
5/- La Société Immobilière de
Promotion de l'Habitat et d'Aménagement (SIPHA)
Filiale de la BHG, la SIPHA a
pour mission de rechercher des terrains, les
aménager et les proposer à des particuliers;
elle a également pour objet de construire des
logements pour permettre aux ménages d'accéder à
la propriété. L'on peut aisément dire que les
missions de cette structure peuvent être
assimilées à celles de la SNI. Cela peut éviter
aux futurs acquéreurs de subir les lourdeurs
administratives en vue de l'obtention des titres
de propriétés.
Il convient de souligner que
l'acquisition d'une parcelle ou d'un logement
auprès de la SIPHA oblige l'attributaire à
contracter un prêt pour le payement auprès de la
BHG.
En outre, étant donné que la
BHG et la SIPHA sont des firmes
stratégiques de la BGD, les actes établis par
ces deux (2) organismes ont valeurs d'actes
notariés au même titre que ceux de la BGD.
Enfin, bénéficiant du
privilège de la BGD, le Comité de Gestion du
CRH-Gabon, en sa séance du 16 Mai 2006, a agréé
la BHG en qualité d'établissement de crédit
éligible à son guichet de réescompte.
PROBLEMATIQUE
La présentation de tous ces
organismes et des mesures d'accompagnement
incitatives ante et post création
du CRH-Gabon traduit à l'évidence la volonté des
pouvoirs publics de satisfaire les attentes des
gabonais et gabonaises en matière d'habitat.
Malheureusement et c'est là
que se trouve le paradoxe : la demande agrégée
en logement ne fait que croître alors que
l'offre agrégée est d'une portion congrue.
Dès lors, quelles sont donc
les stratégies à mettre en oeuvre au travers du
CRH-Gabon pour que le secteur de l'immobilier
devienne un pivot de développement créateur de
valeur ?
Pour répondre à cette
problématique, nous allons identifier les axes
stratégiques qui tiennent compte des attentes et
des intentions des parties prenantes du
CRH-Gabon et de leur environnement sociétal,
tout en nous assurant de leur factibilité du
point de vue de la capacité stratégique, de leur
acceptabilité du point de vue des
stakeholders et de leur pertinence du point
de vue de la vision globale du Gabon.
A cet égard, nous proposerons
en épilogue de cette étude une structure
d'accompagnement du CRH-Gabon (le Fonds de
Garantie Hypothécaire) et une proposition
d'ingénieurie financière : la monétarisation des
actifs adossés aux créances hypothécaires.
En d'autres termes, il
s'agira de procéder au reengineering des
processus actuels qui ont déjà montré leurs
limites.
Pour cela, nous procéderons à
la typification d'un processus avant-gardiste :
le WCA-Framework de Alter STEVEN'° tout
en explicitant l'étroitesse ou la congruence de
sa mise en oeuvre avec les stratégies de
création de valeurs dans le secteur de
l'immobilier au Gabon.
L'articulation de ces axes
stratégiques se fera sous trois (3) prismes
stratégiques : le prisme de la raison ou de la
méthode, le prisme de l'expérience et le prisme
de la complexité.
(STEVEN Alter, Information
Systems : a management perspective, University
of San Francisco, third Edition, AdditionWesley
Edition, 1999, pp 45, 52-53.)
PROPOSITIONS
Notre réflexion trouve sa
justification dans la persistance des
dysfonctionnements constatés au sein des
institutions dédiées à la création de valeur
dans le secteur de l'habitat.
L'audit stratégique des plans
et programmes d'actions initiés par les pouvoirs
publics durant les périodes ante et post
création du CRH-Gabon pour tenter de juguler la
crise du logement qui perdure au Gabon, nous a
permis d'identifier et de cerner non seulement
les fondements de cette crise mais également de
relever l'incohérence dès tentatives de
stratégies mises en oeuvre allant dans le sens
de la résolution de ce qu'il convient de
qualifier; pour les pouvoirs publics gabonais,
de casse-tête chinois voire d'arlésienne.
L'opérationnalisation des
stratégies déclinées en terme de projets et
d'organismes ad hoc liés à la promotion du
secteur de l'habitat, a été rendue inopérante
par la déficience du knowledge management
et par l'absence d'une glocalisation,
c'est-à-dire la capacité d'élaborer une vision
globale d'un secteur stratégique permettant
d'agir localement de manière efficace et
durable.
Cette réflexion propose un
ensemble ordonné d'approches, de méthodes et
d'outils permettant d'élaborer, étape par étape,
un diagnostic général du secteur de l'immobilier
au Gabon.
Les méthodes proposées ont
été testées, sélectionnées et ordonnées dans une
démarche qui recherche la cohérence et la
pertinence sans oublier également les parts
d'innovation et de flexibilité nécessaires dans
tout processus de changement.
Sur la base des hypothèses
des recherches retenues, nous pouvons confirmer
que :
- le temps de cycle du
processus d'attribution d'un titre de propriété
au Gabon est trop long ;
- le processus d'attribution
des titres de propriété définitifs est déficient
et ne permet pas effectivement aux promoteurs
et/ou propriétaires d'apporter une garantie
réelle tant l'immeuble à bâtir n'est pas achevé,
d'où la réticente des banques à financer les
promoteurs ;
- le processus de la
réalisation de la garantie, en cas de
défaillance de l'emprunteur, est trop long,
voire fastidieux pour lés banques;
- les capacités
d'intervention du CRH-Gabon en terme de
ressources financières mobilisables sont très
limitées ;
- le risque de crédit de la
clientèle socio-économique est trop important
pour être entièrement assuré par les banques
seules, le CRH-Gabon n'en assurant aucun, dans
le cadre actuel de son objet social ;
- il existe bien évidement un
déséquilibre entre l'offre et la demande de
crédit immobilier chez les accédants, d'autant
plus que les maisons proposées par les
promoteurs ne sont pas incluses dans l'ellipse
de tolérance du CRH-Gabon en terme de coût
d'acquisition (prix oscillant entre 27 et
48 millions de Francs CFA) ; le montant plafond
éligible au CRH Gabon étant fixé par le
Président de la République à 15 millions de
Francs CFA.
De même, convient-il
d'indiquer qu'il n'y a aucune vérité des prix
par rapport aux biens immobiliers trouvés sur le
marché. Le niveau élevé des prix des maisons
proposées par les promoteurs immobiliers ne se
justifie pas par les coûts élevés des matériaux,
de leur transport et des taxes auxquelles ils
sont assujettis.
La capacité d'intervention du
CRH-Gabon, liée à son aisance actuelle de
trésorerie, risque, après la réduction du temps
de cycle du processus d'attribution des titres
de propriété, d'être inefficace, au regard de la
demande agrégée qui se chiffre actuellement à
160.000 logements. D'où l'infirmation de l'une
des hypothèses de recherche retenues.
Enfin, les ressources de
l'Etat dédiées à l'investissement (100 milliards
de Francs CFA du budget total d'investissement
du pays chaque année) ne permettent pas au
secteur de l'immobilier d'éclore et limitent
ainsi les ambitions des pouvoirs publics
d'atteindre leurs objectifs de construction de
15.000 unités par an sur dix (10) ans, même
après l'application du principe de vérité des
prix.
Tenant compte de
l'inabordabilité et de l'inaccessibilité des
maisons proposées par les promoteurs immobiliers
en terme de prix d'acquisition et au regard du
ratio de 89 % des gabonais exclus du système
actuel, le CRH-Gabon connaîtra indubitablement
une très forte tension de trésorerie en dépit de
l'application du principe de vérité de prix.
En appliquant le prix réel ou
vrai d'une maison dé quatre (4) chambres d'une
surface habitable de Cent Quarante mètres carrés
(l 40 mÇ)1 augmenté de 40 % de main d' oeuvre
soit un prix total réel d'acquisition de FCFA
12.660.508, pour 15.000 unités/an, cela revient
à mobiliser 190 milliards chaque année. La
recherche des caractéristiques essentielles de
fonctionnement d'une organisation comme le
CRH-Gabon et l'identification de ses mécanismes
de création de valeur en vue d'évaluer sa
performance et son utilité, définissent l'objet
de cette réflexion.
1. Annexe 4 : Logements 4
chambres, détail quantitatif et estimatif (prix
de référence).Ministère des Travaux Publics, de
l'Equipement et de la Construction / Projet
CRH-Gabon. Décembre 2004.
Prix d'une maison de 4
chambres : 9.043.220 FCFA
Main d'oeuvre (40 %) :
3.617.288 FCFA
Prix total acquisition :
12.660.508 FCFA
Comme nous venons de le
constater dans cette démarche heuristique et
apodictique, le diagnostic stratégique et les
options qui en ont découlé ont montré qu'il y a
une corrélation voire une congruence entre les
stratégies de création de valeur par le
CRH-Gabon et l'appropriation par les acteurs
gabonais, des pratiques managériales
régulièrement éprouvées.
C'est pourquoi, nous pensons
que les stratégies de développement du secteur
de l'immobilier au Gabon, à l'effet de la
création de valeur pour les stakeholders du
CRH-Gabon et notamment au profit des couches
demanderesses de logement, passent
nécessairement par au moins trois (3) étapes
ci-après
Premièrement, la mise en
oeuvre du cadre conceptuel WCA Framework de
Alter STEVEN proposé, testé et identifié comme
avenue potentielle du reegineering des processus
d'attribution des titres de propriété au Gabon,
ramenant le temps de cycle du processus de 4 ans
voire 20 ans pour certains compatriotes à moins
d'un mois.
En somme, il s'agira
d'introduire de nouvelles approches managériales
qui tiennent compte du rôle des nouvelles
technologies de l'information et de la
communication (NTIC) en tant que levier
stratégique. Cette démarche participe de la
vision du Chef de l'Etat dont l'engagement a été
traduit récemment par le Premier Ministre, Chef
du Gouvernement Jean EYEGHE NDONG à la faveur de
la conférence de San Francisco aux USA.
En d'autres termes, il s'agit
de mettre en place une administration
électronique (e-administration).
Deuxièmement, la réforme des
cadres institutionnel, juridique et foncier qui
aboutirait à la mise en place d'un guichet
unique fonctionnel qui réunirait une fois par
semaine tous les signataires des titres de
propriété. Des pays comme le Burkina Faso, la
Côte d'Ivoire, le Bénin, le Sénégal et le Mali
délivrent des titres de propriété en moins d'une
semaine.
D'autant plus que, en
application des instructions du Chef de l'Etat
au CRH-Gabon, les Banques n'exigent, dans le
cadre des prêts immobiliers éligibles au
refinancement du CRH-Gabon que deux (2)
documents : le bulletin de salaire et le titre
de propriété.
Troisièmement, l'extension
des missions actuelles du CRH-Gabon en organisme
d'assurance prêt-hypothécaire, comme le
souhaitent toutes les banques éligibles à son
guichet de réescompte et la BEAC. Il convient
d'indiquer que l'excédent de trésorerie des
banques locales (près de 200 milliards)
peut-être réinvestit dans l'immobilier à
condition que les garanties soient supportées
par l'Etat au travers du CRH-Gabon, comme l'ont
souvent souhaité ces mêmes banques. Cela aura
indubitablement un impact sur les taux
d'intérêts qui pourraient passer à un chiffre.
Il faut également rappeler
que la mutation du CRH-Gabon en organisme de
garantie des prêts hypothécaires n'exige pas de
l'Etat une mobilisation des ressources
additionnelles au profit de cet organisme.
Toutes choses permettant
d'asseoir des opérations de titrisation des
actifs adossés aux créances hypothécaires et
pouvant se traduire par un élargissement de la
surface financière, une disponibilité et un
accroissement des ressources longues
mobilisables et nécessaires au financement du
secteur de l'immobilier, afin que chaque famille
gabonaise puisse vivre dans la dignité, la paix
et l'harmonie.
Outre les opérations de
titrisation des actifs adossés aux créances
hypothécaires, l'accroissement des ressources
pérennes dédiées au financement de l'habitat
peut également se faire en mettant en place un
fonds dont l'assiette des ressources serait
basée sur la consommation (prélèvement sur le
prix de l'alcool et du tabac) et non plus
uniquement sur les salaires. Ce fonds serait
géré conjointement par l'Etat, le patronat et
les syndicats afin de garantir un maximum de
transparence et de contrôle et serait utilisé en
fonction des différents créneaux de la demande.
Le Génie Militaire qui fait
preuve d'une compétence avérée dans la
viabilisation des parcelles de terrain avec des
prix traduisant la vérité (ex. lotissement de la
BHG à Angondjé ou le Génie Militaire n'a demandé
que le quart (1/4) du montant présenté par les
autres entreprises ayant soumissionné), doit
être davantage associé à la mise en oeuvre de
ses stratégies. Pour que ces propositions d'une
axiomatique de stratégies de création de valeur
soient mises en oeuvre, de tous les acteurs
(pouvoirs publics et responsables d'organisme ad
hoc) doivent mettre en place des stratégies
radicales adossées à une réelle volonté et à la
transdisciplinarité, donc au knewledge
management, en « attaquant une difficulté dans
ces éléments faciles, en accomplissant une
oeuvre par de menus actes ; la chose la plus
difficile au monde se réduisant finalement à des
éléments faciles».
Cette réflexion traduit à
l'évidence l'expression de ma volonté sans
faille de toujours servir le Chef de l'Etat-
pour tout ce qu'il fait pour ma modeste personne
: dans le cadre de mes études supérieures et de
ma vie professionnelle.
Géomètre diplômé de l'ENSG de
Paris
Diplômé de l'Institut des Banquiers Canadiens
(IBC) de Montréal
MBA Services Financiers de l'ESG/UQAM de
Montréal Ph.D. en Administration des Affaires
(Stratégie)
Enseignant-Chercheur en Sciences de Gestion à l'INSG
*Administrateur Général du CRH-Gabon
Membre du Conseil National du PDG
(Suite et fin)