CHRONIQUE POLITIQUE
L'arène
aux fauves
APRÈS les manifestations
commémoratives de la création du Parti
démocratique gabonais organisées à Libreville,
la fête du 12 mars s'est célébrée en différé
dans les différents chefs-lieux de provinces, de
départements et autres localités du pays, dans
une ferveur militante souvent onction de
l'audience du parti au pouvoir dans la contrée.
Si jusque-là ce grand moment
de retrouvailles annuelles de cadres et autres
militants de cette formation politique a été mis
à profit par les pédégistes de chaque coin, pour
démontrer la domination et la suprématie de leur
parti dans l'arène politique locale et
nationale, ce à travers la démonstration de
force à laquelle on assiste régulièrement lors
du défilé des structures de base, les
prestations des groupes socio-culturels et
aussi, la présence quasi obligatoire de cadres,
ces localités ne sont pas moins le théâtre de
tensions consécutives à l'exacerbation des
rivalités, pour ne pas dire, à la guéguerre pour
le leadership à laquelle se livrent certaines
personnalités, appelées encore, grosses légumes
du coin. Lesquelles, en dépit, de unité de
façade qu'elles affichent publiquement et des
engagements souvent pris devant les instances
dirigeantes du Parti démocratique gabonais, des
fonds dégagés pour l'organisation des
festivités, ne se privent pas de poser des actes
visant à saboter les actions des uns et des
autres, au point de nuire, au besoin, à la
cohésion du parti au sein duquel ils militent.
ROUBLARDISE. Cet état de
fait pour le moins regrettable et déplorable
s'est traduit récemment encore dans certaines
localités. Effectivement, alors que l'on croyait
révolues les scènes auxquelles les pédégistes
nous ont régulièrement habitués sur les bords du
Ntem, où l'on a souvent vécu l'organisation de
deux fêtes du 12 mars, conséquence directe de la
rivalité tenace entre Emmanuel Ondo Metogho et
René Ndemezo Obiang. Les acteurs politiques de
Tsamba- Magotsi, de Bakoumba, etc, sont eux
aussi descendus dans l'arène aux fauves jalonnée
de chausse-trapes où pleuvent les coups bas, en
organisant une double fête dans la même
localité. Cela, pour des motifs, tenant tout à
la fois de l'incompréhension, de la roublardise,
de l'égoïsme des uns et des autres, sans oublier
les ambitions affichées ou cachées, la volonté
de barrer la voie aux nouvelles "figures de
proue" dans leurs contrées.
Une situation quelque peu
gênante pour le principal parti au pouvoir, en
ce sens qu'au-delà, des raisons profondes qui
peuvent être à l'origine de ces manifestations
organisées séparément sur fond d'intrigues
politiciennes, celle-ci n'étonne nullement,
puisque les protagonistes, voire les auteurs
sont coutumiers du fait. Mais aussi, parce que
derrière ces agissements se cache la rivalité
entre ces hommes dans leur contrée. D'un côté,
le vice-Premier ministre, vice-président du PDG,
Mayila et l'ancien ministre des Finances, député
et trésorier du PDG, Doupamby à Tsamba-Magotsi.
De l'autre, à Bakoumba entre Bayogha Nembé,
actuel ministre délégué à la Planification,
membre du bureau politique, élu de la contrée et
Bernard Moukayi, membre du bureau exécutif du
PDG.
CROCS -EN- JAMBE. Dans le
premier, cas, cette situation peut, selon
certains s'expliquer par la rancoeur, les
soupçons fondés ou non qui pèsent fortement
encore sur l'ancien président du Conseil
économique et social, régulièrement engagé,
selon ses adversaires, dans une posture de
confrontation faite de coups bas et autres
distorsions. Et, aussi, par la volonté de son
frère-ennemi, Doupamby, de faire barrage aux
manoeuvres politiciennes tendant à lui nuire
dans son fief où, il faut bien le dire, à la
suite des différents scrutins, il s'est imposé
comme étant la figure de proue. Toutes choses
qui alimentent très souvent les tensions dans
cette localité d'autant que leurs différentes
troupes ne sont pas prêtes à fumer le calumet de
la paix après les différentes périodes
d'animosité.
Dans le second, les deux
hommes se vouent une haine viscérale au point
que l'un et l'autre ne ratent pas l'occasion de
se faire des crocs -en-jambes, le plus malin
réussissant toujours à se positionner aux
premières loges. Au fil du temps, il y a dans
cette bataille fratricide comme une volonté
claire de détruire politiquement son adversaire
et de s'imposer dans l'arène quitte à mettre à
mal la cohésion dont a tant besoin le parti dans
cette bourgade.
En définitive, cette double
célébration du 12 mars à laquelle on a eu droit
dans ces deux localités, si elle a donné
l'occasion aux uns et aux autres de faire
étalage de leurs prétendues forces politiques,
n'en dessert pas moins le Parti démocratique
gabonais et son président-fondateur, lesquels au
lieu d'avoir des troupes unies et solidaires, se
retrouvent avec des militants et cadres pris en
otage et contraints de servir les intérêts
égoïstes d'acteurs politiques plus préoccupés
par leur situation politique personnelle que par
l'avenir du PDG, des filles et fils de tels
contrées respectives, voire de la nation. Ce qui
devrait, assurément, amener les instances
dirigeantes de l'ancien parti unique à revoir
leur stratégie en tenant compte, notamment, du
fait que son principal ennemi, le PDG, le couve
dans son sein douillet.