A QUATRE MOIS DE LA FÊTE DU 17
AOÛT
Une
occasion ratée
LES années 90 ayant été
particulièrement marquées par le mouvement en
faveur du changement politique, les questions du
développement du pays avaient quelque peu marqué
le pas. Et le constat de stagnation du progrès
économique fut dressé au sortir de cette période
très mouvementée de la vie politique nationale.
Pour rendre à nouveau le
train du développement, le président de la
République avait décidé, en 2002, le retour aux
fêtes tournantes du 17 Août. Les précédentes
expériences ayant été pour le moins bénéfiques
pour l'ensemble du territoire qui avait connu,
on s'en souvient, une amorce somme toute
significative dans la progression du bien-être
des populations.
L'0gooué-Ivindo et la Nyanga
furent les deux premières provinces à ouvrir le
bal au cours de cette année-là. Avant de voir en
2003 la Ngounié et le Moyen-Ogooué prendre le
relais. Puis vinrent les tours de l'Ogooué-Lolo
et du Haut0gooué en 2004, l'Ogooué-Maritime et
le Woleu-Ntem. venant tout juste avant
l'Estuaire.
Chacune des provinces de
l'arrière-pays avait reçu une enveloppe
substantielle de 25 milliards de nos francs,
hormis l'Ogooué-Maritime dont la dotation fut
portée à 30 milliards compte tenu du poids
économique et démographique de cette province.
En dépit de quelques couacs qui ont émaillé
l'organisation de cet événement à l'intérieur du
pays, il reste que tout le monde, -même les
compatriotes les plus radicaux-, s'accorde à
reconnaître qu'un certain nombre de réalisations
ont vu le jour. En témoignent la construction
des infrastructures de souveraineté dans le
cadre du renforcement de l'autorité de l'Etat, à
savoir les palais présidentiels, les
préfectures, gouvernorats, Assemblées
départementales, etc., et la construction des
équipements collectifs.
Après les commémorations
concomitantes à l'intérieur du pays des fêtes
tournantes du 17 Août, le tour revenait à
l'Estuaire de les abriter pendant deux ans en
2006 et 2007. Cette province étant particulière
du fait qu'elle abrite non seulement la capitale
gabonaise, Libreville, vitrine de notre pays,
mais aussi il s'y trouve l'essentiel de la
population gabonaise. Il s'ensuit donc que les
besoins et les enjeux ne sont pas du tout
identiques à ceux des autres provinces.
NOURRIR L'ELECTORAT•
Toutes choses qui ont amené le président de la
République a doter cette province au cours des
deux ans prévus pour célébrer le 17 août une
enveloppe conséquente et non moins enviable de
100 milliards de nos précieux francs. Soit 50
milliards pour chaque année.
Au contraire des réalisations
qui se sont effectuées à l'intérieur du pays,
celles de l'Estuaire laissent plutôt dubitatifs
plus d'un Gabonais. D'autant que sur le chapelet
de projets annoncés et avec un budget pour le
moins conséquent, Estuaire n'a vu que quelques
réalisations éparses qui ont fortement ressemblé
à du saupoudrage. En plus du fait que certains
projets, à image de la tribune officielle sur le
bord de mer, ont été exagérément surfacturés
pour des réalisations aussi modestes. Pis des
réalisations budgétisées dans un cadre non lié
aux fêtes tournantes ont été curieusement
inscrites comme en faisant partie. Cas de
l'arboretum de Sibang.
Pour beaucoup d'observateurs,
l'échec des fêtes tournantes dans la province de
l'Estuaire est consécutif à la guerre de
leadership que se livrent entre eux les fils de
la province. Chacun voulant à tout prix exercer
une influence toute puissante sur les projets de
façon que ceux-ci soient réalisés dans sa
circonscription électorale. C'est à se demander
à quoi servent finalement les commissions
provinciale et nationale si la réalisation de
chaque projet doit subir le diktat des poids
lourds que compte chaque province.
Loin de répondre aux appels
des populations et à l'idée du président de la
République, les fêtes tournantes, notamment dans
la province de l'Estuaire, n'auront pas l'effet
escompté. Indubitablement, on passe à côté d'une
occasion de développement, les questions
d'intérêt personnel ayant pris le pas sur
l'intérêt général.
L'on oublie très souvent, et
c'est bien là le drame, que le développement de
nos villes et villages est le principal
déterminisme ayant conduit le président de la
République à décider du retour des fêtes
tournantes. A cet égard, les projets, dont
l'objectif n'était pas de parvenir à cette fin
auraient dû être d'emblée écartés.
L'expérience ayant plutôt
montré le contraire, tout porte à croire que les
investissements de l'Etat ne servent qu'à
nourrir l'électorat des hommes politiques
gabonais. L'Estuaire constituant tout simplement
la forme la plus aboutie de ce détournement
d'objectif.