AFFAIRE DES VOLEURS DE BOIS D'OWENDO
Jérôme
Sellier : victime innocente ou véritable
instigateur des vols de grumes ?
Dans l'affaire des voleurs de
billes de bois dans les parcs d'Owendo et de
Sobraga, Jérôme Sellier, qui affirmait avoir été
floué par des revendeurs, était en réalité
parfaitement informé de la provenance du bois.
L'homme avait ailleurs déjà été entendu par les
services Judiciaires compétents.
DANS
une correspondance datée du 6 avril 2007,
adressée au Procureur de la République, près le
Tribunal de première instance de Libreville, par
le Directeur des affaires criminelles de
l'état-major des polices d'investigations
judiciaires, le commandant Joachim Loubinene,
Jérôme Sellier doit être poursuivi pour
association de malfaiteurs et recel de choses
volées. "Il est inconcevable, conclut le
courrier du commandant, qu'un responsable
d'entreprise de sa trempe se mette à plusieurs
reprises à engager des transactions commerciales
avec des individus ne justifiant d'aucune
crédibilité d'une part, et d'autre part, les
tarifs pratiqués par ses "vendeurs" sont
largement en-dessous de ceux en vigueur, sans
que cela ne l'émeuve."
En effet, on ne vend as du
bois comme on vend dés beignets. La vente de
grumes obéit à des règles strictes et bien
définies par l'administration des Eaux et
Forêts. Et appliquées par la SNBG, les
exploitants forestiers et les négociants. Ainsi,
le vendeur doit-il présenter un bordereau de
spécifications sur lequel sont répertoriées
toutes les informations sur le volume, le
diamètre et la longueur des billes qui, elles,
sont martelées et numérotées.
Un vendeur qui ne fournit pas
ces informations attire nécessairement
l'attention du client. Or, M. Sellier, identifié
dans ces milieux, non comme un forestier mais
comme un négociant, n'a bas hésité à acheter du
bois dans des conditions pour le moins
douteuses. Et cela dure depuis plusieurs années.
L'Homme semble avoir jeté son
dévolu sur la société Olam qui enregistre ainsi;
lors de chaque inventaire de fin d'année des
manquants de stocks de 10 000 à 15 000 m3, sans
qu'elle ne puisse en identifier la cause, malgré
les enquêtes menées. Cette situation s'est
tellement répétée (de 2000 à 2007) au point que
le préjudice est estimé aujourd'hui à 750 000
000 de francs.
QUIÉTUDE. Le réseau des
malfaiteurs procédait de la manière suivante:
grâce à des complicités au niveau du parc à
bois, on détournait des billes dont on effaçait
avec de la peinture, les initiales, marteaux et
numéros de plaquettes apposés sur le bois. Puis
on lés remplaçait par ceux de E.G.D.,
l'entreprise de M, Sellier. Il ne restait plus à
ce dernier qu'à exporter en toute quiétude le
bois qu'il avait d'ailleurs acquis a vil prix.
Mais comme il y aune fin à
tout, M. Sellier a été pris la main dans le sac
le 2 mars 2007, "en flagrant délit de
maquillage des grumes". Interrogé sur les lieux
du forfait par Me Hyacinthe Benga, huissier de
justice, l'Homme a déclaré ne s'être pas rendu
compte que le bois qu'il achetait était volé.
"Seulement ajoute-t-il, un jour j'avait
remarqué un fond de peinture vert sur
une grume et j'ai eu droit à des explications
évasives ".Une attitude pour le moins désinvolte
et curieuse pour un professionnel de la filière.
D'ailleurs, au moment où il
venait d'embarquer dans le navire Pélagos,
actuellement en rade, une importante quantité de
bois volé (800 m3) au détriment de la société
Olam, le tribunal est allé, vu les faits,
jusqu'à autoriser la saisie immédiate et la
vente desdites grumes avant même de vérifier le
fond du dossier. Le 27 mars dernier, le
président du Tribunal de première instance de
Libreville ordonnait en effet la dépossession,
au profit de la société Olam, de tous les bois
maquillés de E.G.D. partout où ils se trouvent
au Gabon. De même, il en autorisait la vente dès
leur saisie.
Outre cette cargaison, il a
été saisi 396 rondins dont 249 au parc de
Sobraga et 47 billes au parc à bois d'Owendo.
Dans les milieux des
forestiers, on continue de se demander comment
M. Sellier, un simple négociant, a-t-il pu
acheter auprès de petits' exploitants, et
exporter des quantités de bois que seules les
grandes entreprises peuvent produire. Affaire à
suivre…