ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
Assemblée générale du Syndicat
national des enseignants et chercheurs (SNEC)
La coupe
est pleine !
Les enseignants et chercheurs
réunis, hier, en matinée, ont décidé de la
suspension immédiate des cours pour cause
d'insécurité sur le campus.
LA
grève que les étudiants ont déclenchée,
avant-hier, avec le cortège d'humiliations
infligées aux boucs émissaires, a débouché sur
la suspension immédiate des cours à l'Université
Omar Bongo (UOB) de Libreville. Cette
suspension, il faut le dire, est le résultat de
la décision prise, en toute collégialité par
ensemble des enseignants et chercheurs réunis,
hier, en matinée, en assemblée générale, dans la
salle de première année de droit. Parce que la
coupe est pleine.
Comment est-on arrivé là ?
Simplement à cause de ce que les "Seigneurs du
chahut et de la contestation stérile" ont
violenté un enseignant. Il s'agit de Médard
Obiang Ebanéga, enseignant au département de
Géographie de fa Faculté de lettres et sciences
humaines (Flsh).
En effet, selon son récit, la
victime de la furie des étudiants reçoit, à 12 h
15 des collègues avec qui il a l'habitude de
discuter des questions pédagogiques. Avec eux,
il se dirige vers la sortie de l'Institution. Au
niveau du secrétariat général, ils remarquent
que le portail est barré : des barricades y ont
été érigées. Deux de ses collègues interpellent
des étudiants pour s'enquérir de la situation.
Lui-même aperçoit deux de ses étudiants à qui il
demande ce qu'ils font là, alors qu'il y a
quelques minutes seulement, ils étaient en
cours. Les apprenants répondent qu'ils sont là
par solidarité. Obiang Ebanéga émet le souhait
de voir les barricades être levées pour libérer
la voie afin de laisser passer les enseignants.
Les étudiants exigent des enseignants qu'ils
lèvent, eux-mêmes, lesdites barricades. Ayant
compris qu'on vit désormais dans une société qui
a perdu ses repères et qui ressemble à un champ
de maïs, les enseignants tentent de déplacer les
troncs d'arbres pour se frayer un chemin. C'est
à ce moment crue des étudiants déferlent. L'un
d'eux est poussé vers Obiang Ebanéga. Geste
provocateur. L'enseignant se défend. Mais il
fera face à la sauvagerie des apprenants. Il se
replie pour éviter le pire. Aidé en cela par les
collègues qui ont également témoigné; confirmant
la version de l'enseignant de géographie. "Face
à l'excitation à la violence des étudiants,
si les enseignants avaient opposé une quelconque
résistance, les choses auraient tourné à la
tragédie"; ont-ils déclaré.
En écoutant ce récit, on se
rend bien compte que les enseignants exprimaient
leur volonté d'aller a l'extérieur du campus,
sans défier les étudiants, lesquels avaient juré
de faire la peau aux enseignants. D'où
l'impossibilité du dialogue. Lynchage programmé
? On peut répondre par l'affirmative, car depuis
plusieurs mois déjà, les signes annonciateurs
étaient perceptibles. On fait allusion à la
séquestration de Samuel Léopold Codjo Rawembia.
Celle-ci est intervenue après que les étudiants
ont dit ouvertement qu'ils en voulaient aux
enseignants.
On ne doit pas gommer de la
mémoire ce qui était arrivé au Pr Daniel Ona
Ondo, à l'époque recteur de l'UOB. Cet homme
avait été séquestré et humilié par des étudiants
aujourd'hui haut placés dans l'Exécutif et le
Législatif. Depuis lors, on n'a plus vécu
pareille folie.
Pour les enseignants, si les
politiques font peu de cas de l'infinie dérive
de l'UOB, ce qui est arrivé à Médard Obiang
Ebanéga qui a fait preuve de sang-froid et
qui pourrait arriver a quelqu'un d'autre sur
le campus, est désormais une affaire des seuls
enseignants.
Qu'adviendrait-il des
enseignants face à la brutalité de ceux qu'ils
forment dans le but de tenir plus tard les
leviers du pays ? Pour répondre à cette question
et face à cette date à inscrire dans la mémoire
des enseignants et de l'Institution, la
communauté universitaire a décidé de suspendre
immédiatement les cours, de déposer un préavis
de grève qui poserait comme condition de reprise
la mise en place de mesures de sécurité,
l'expulsion de la cité universitaire des
étudiants exclus par décision décanale et
d'entrer en grève si le conseil de discipline ne
se tient pas pour sanctionner les étudiants
ayant "caillassé" Médard Obiang Ebanéga.
Les enseignants ne sont pas
décidés à reculer. Au contraire ils veulent agir
dans une dynamique universitaire et par
solidarité pour leur collègue victime de la
violence des étudiants. Disons plutôt du
groupuscule d'étudiants qui prend en otage le
fonctionnement de l'Université et qui contraint
ses véritables propriétaires à n'être que des
quantités négligeables.
Une marche de protestation et
une conférence de presse sont prévues dans les
tout prochains jours.