INFRASTRUCTURES DE
DÉVELOPPEMENT
Le
chantier de la route : enjeu économique ou
politique ?
Préoccupation légitime des
compatriotes, bailleurs et opérateurs
économiques, surtout lorsque l'on constate que
les travaux d'entretien routier sont effectués
sur les mêmes tronçons.
TROP
de choses, concernant l'état de nos routes, se
disent ici et là depuis plus d'une décennie. Des
accusations sont même portées, non seulement
contre les entreprises adjudicataires des
marchés dans le cadre des programmes d'entretien
routier (PER), mais surtout contre des membres
du gouvernement, en particulier ceux chargés des
départements ministériels des Travaux publics et
des Finances.
Ces deux ministères sont les
plus concernés parce que, pour le premier, il a
la responsabilité de concevoir et conduire la
politique du gouvernement en matière de routes..
Et pour le deuxième, c'est lui, qui est chargé
du décaissement des fonds pour financer la
construction ou l'entretien des routes.
De toute évidence, tous ces
faits n'intéressent pas les Gabonais qui
voudraient, en revanche, que le pays se dote
d'un réseau routier carrossable en toutes
saisons. Ce qui leur permettra de développer
aisément un certain nombre d'activités pour leur
autonomie.
Mieux, cela devrait leur
permettre de prendre une part active dans la
production des richesses du Gabon.
Infrastructure indispensable pour le
développement d'un pays, la route, pour le plus
grand nombre, doit constituer un enjeu
économique pour notre pays.
Une étude effectuée en 1992
avait estimé à 37,105 milliards de francs le
total des prélèvements effectués par l'Etat sur
le transport routier. Cette recette peut être
améliorée si l'on dote, effectivement, le pays
d'un bon réseau routier.
Précisons que, dans le
montant déclaré ci-dessus, le prélèvement sur le
carburant s~élevait à 20,569 milliards et celui
de recettes douanières à 12,002 milliards.
Partout, de tels prélèvements sont justifiés par
le fait que l'usager doit contribuer, par ce
biais, à l'entretien des équipements routiers
qu'il utilise.
L'enjeu économique de la
route est d'autant plus réel qu'il revient à
l'Exécutif, d'abord, de développer, d'une
manière générale, le secteur des infrastructures
de transport. Au Gabon, rappelons-le encore,
l'histoire de fa construction des
infrastructures de communication est récente, en
raison du choix du colonisateur français qui
avait privilégié, à cet égard, le territoire
voisin du Congo, parce que capitale de l'Afrique
équatoriale française (AEF).
Ainsi, la construction des
premières routes remonte-t-elle au lendemain de
la seconde guerre mondiale (1939-1945). L'on
peut penser que le développement du secteur
routier a beaucoup souffert de la construction
du chemin de fer, qui a absorbé beaucoup de
ressources financières, puisque pendant sa
période de lancement et de construction
(1971/1988), le chemin de fer a, en effet,
absorbé 885 milliards de francs, soit 66% des
investissements publics consacrés à l'ensemble
des infrastructures de transport, lesquels
investissements s'élevaient à 1335 milliards.
RESPONSABILITE• Mais
cette infrastructure a toute son importance.
Car, même si l'on avait mis l'argent du chemin
de fer pour construire les routes, elles se
seraient aussi dégradées par manque d'entretien.
En 1998, pour l'aménagement routier, la part des
investissements publics a atteint les 50
milliards de francs. Ce montant ne comprend pas
les dépenses liées à entretien du réseau qui
était de l'ordre de 6 à 7 milliards de francs
par an jusqu'en 1997, lorsque le Fonds
d'entretien routier (FER) a été mis en place.
Au demeurant, à défaut d'en
construire d'autres, l'entretien des routes
existantes ne doit pas seulement être un enjeu
politique comme cela semble se remarquer
aujourd'hui, avec des programmes orientés vers
des zones où résident les grosses légumes de la
République et effectués sur les mêmes axes.
L'on devrait plutôt chercher
à améliorer les voies où le trafic est plus ou
moins dense, ainsi que celles qui sont
susceptibles de voir les flux augmenter. Dans
les années 19911, le trafic dépassait les 400
véhicules/jour sur les routes bitumées et 100
sur les voies latéritées.
L'amélioration de ces deux
catégories de routes aurait permis d'augmenter
ce trafic. Entre 1990 et 1993, la Banque
mondiale avait financé des travaux routiers,
appuyant ainsi les efforts du gouvernement dans
la conduite de ses programmes d'entretien
routier.
Mais après cette période, les
opérations y relatives se sont brusquement
arrêtées, ne reprenant qu'entre 2000 et 2001. La
principale raison de cette situation serait
l'insuffisance de financement.
Pour y remédier, il a été
justement créé le FER, structure qui devait
garantir la disponibilité effective des
ressources budgétaires nécessaires à l'entretien
régulier des routes. Ce fonds devait être
approvisionné à partir des recettes budgétaires.
Mais entre 1997 et 2004,
apprend-on, le FER n'a bénéficié que de 25% de
ses ressources (à peu près 6 milliards par an)
sur les 24 milliards de francs prévus
annuellement. Cette enveloppe, qui correspond
environ à 2% du budget d'investissement de l'Etat,
n'aurait été versée intégralement que depuis
2004.
Mais elle demeure moins
importante que celle des pays comme le Maroc,
qui accorde 15% de son budget au secteur de la
route. Les besoins financiers pour l'entretien
routier sont estimés à 100 milliards de francs
par an.
Si l'on apprécie le choix
prioritaire accordé au paiement de la dette
extérieure du Gabon, l'on est, néanmoins, en
droit de se demander si, à partir des
plus-values pétrolières, on ne peut pas
renforcer le budget annuel du Fonds d'entretien
routier jusqu'à 100 milliards de francs.
L'on est aussi en droit de se
demander si, en augmentant son budget
d'investissement, le ministère des Travaux
publics peut réellement apporter des solutions
au sempiternel problème de la route. Qui décide
des axes routiers à entretenir prioritairement
et des budgets à accorder à cette tâche ?
A ce qu'il semble, le mauvais
état des routes de notre pays est une
responsabilité collective. Le gouvernement en
est le premier responsable, dans la mesure où il
n'a pas su conduire ses politiques d'entretien
routier, d'urbanisation et de décaissement de
ressources financières suffisantes.
Ensuite, le Parlement qui ne
joue pas convenablement sa mission de contrôleur
de l'action gouvernementale. D'autres parties
sont également concernées par ce problème,
notamment le Conseil économique et social, les
collectivités locales, l'incivisme des
opérateurs économiques installés le long des
routes, etc.