ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
• Réaction suite au mouvement
d'humeur des étudiants
Grèves à
l'UOB à qui profitent-elles ?
Une question que devrait,
aujourd'hui, -se poser tout observateur avisé et
tout particulièrement l'étudiant qui demeure,
d'une manière ou d'une autre, au centre de ces
incessantes perturbations.
Par Vladimir BO'OR
IL ne se passe plus une seule
année sans que notre glus ancienne Université ne
connaisse des blocages. Blocages parfois de
longue durée. Quand ce ne sont pas les
enseignants qui réclament leurs primes de
recherche ou de vacation, c'est le personnel
participant à la vie de la cité universitaire
qui revendique des meilleures conditions de
travail. En outre, comme dans la plupart des
cas, ce sont les étudiants qui manifestent soit
pour le non paiement des bourses, soit pour le
"Resto U" et ou la "B.U". Ceux qui sont passés
par là, dans un passé récent ou lointain, sont
même gagnés par le pessimisme : '"notre
Époque, les problèmes demeurent Ies
mêmes. Ce n'est pas vous qui allez
changer les choses"; disent-ils. L'on
conclut donc que depuis toujours, ce sont Ies
mêmes problèmes qui débouchent sur les mêmes
crises. Comment alors expliquer cela ? A qui
profite cette situation ?
Si les grèves sont devenues
traditionnelles sinon institutionnalisées à
l'Université Omar Bongo (UOB) de Libreville, ce
n'est pas par manque de solutions aux différents
problèmes. Mais plutôt, parce que les maux qui
minent cette institution et contribuent à ses
nombreux dysfonctionnements n'ont jamais été
traités à la racine avec sincérité, rigueur et
bonne foi. D'ailleurs, l'Exécutif s'en tamponne
le coquillard. La preuve, c'est qu'on a toujours
fait dans le saupoudrage et l'application
des solutions inappropriées or la sagesse nous
recommande de "ne pas traiter la lèpre comme
une simple éruption cutanée". Conséquence :
les problèmes demeurent encore et toujours. Ce
qui conduit certains esprits malveillants à
faire dans la récupération de ces problèmes et
l'instrumentalisation des étudiants pour leurs
ambitions voilées ou pour des règlements de
comptes (inter) personnels. C'est à ce niveau
qu'il importe d'en appeler à l'intelligence, à
l'objectivité et à la vigilance de l'étudiant,
principale victime de ces crises et objet de ces
situations déplorables et défavorables à tout
épanouissement.
PAMPHLET. Certes,
la contestation estudiantine a favorisé
l'évolution ou mieux la révolution dans
plusieurs
domaines qui participent au
fonctionnement de notre pays, singulièrement
dans cette Université, mais cette même histoire
nous enseigne aussi que les étudiants se doivent
maintenant d'éviter "la contestation
pour la contestation". Autrement dit,
l'étudiant véritablement conscient doit
comprendre et retenir cette pensée de Max Weber
qui, comme un pamphlet à notre institution,
disait "pas de politique à l'Université parce
que l'étudiant n'est pas en situation de
répondre et surtout parce que l'ordre des
valeurs est soumis à un conflit fondamental par
la lutte des dieux". Les dieux (s'il ne
s'agit pas des démons bien sûr), effectivement,
ce sont, d'une part, ces personnes étrangères ou
non au milieu qui, pour des mobiles que seules
elles-mêmes maîtrisent, téléguident certains
mouvements et, d'autre part, ces étudiants
guidés par leur instinct opportuniste, partisans
de "la politique du ventre" très en vogue dans
le pays. Ces derniers, de connivence ou non avec
les premiers cités, "entraînent les autres comme
des chameaux vers des horizons inconnus". Ils
dissimulent leur nature de dealers sous des
costumes de leaders, en se servant des autres
tout en les exposant.
Ce sont toutes ces pratiques
mesquines qui concourent au pourrissement de ces
situations regrettables qui, par la suite,
ternissent profondément notre Université au
point où les succès, les réussites qu'elle
enregistre sont ignorés puisqu'efacés par ces
grèves à répétition et aux issues parfois
douloureuses.
Nous ne remettons aucunement
en cause l'existence ou la pertinence de
certaines revendications, mais plutôt la manière
de les poser et de les traiter. Nous appelons à
une remise en cause de tous les acteurs
impliqués, de près ou de loin, à la marche de l'UOB
et tout particulièrement de l'étudiant
véritablement conscient. Car, il est temps, pour
lui, de réfléchir et de trouver des moyens de
revendications plus intelligents et les
solutions idoines. Ceux utilisés jusqu'ici ayant
profité à des individus et non a la communauté.
A ce rythme, l'Université ira toujours de crise
en crise.
CHANGEMENT. C'est
pourquoi, il faut changer les manières de penser
et d'agir. Pourquoi continuer à croire que l'on
ne peut pas avoir gain de cause sans perturber
ou suspendre les cours ? Combien sont tombés et
tombent encore "au front", pourtant pour la
bonne cause, mais sans véritablement ou
réellement faire changer les choses ?
Parallèlement, combien se sont faits ou veulent
se faire une place au soleil en utilisant les
problèmes de l'UOB comme piédestal ?
Il faut tout simplement
retenir, sans trop vouloir être vulgaire, que le
dindon de la farce dans tout cela, c'est
l'étudiant gabonais (le vrai). A plusieurs
égards, c'est bien lui le grand perdant. Lorsque
l'Université est fermée cour ces "pannes
entretenues", tout le personnel (enseignant,
administratif et technique) continue de
percevoir, en toute quiétude, et peut-être sans
un brin de souci, ses émoluments, pendant que
l'étudiant se ronge les ongles. Au bout du
compte, ce sont des années blanches (noires
dirons-nous), des années académiques tronquées,
des programmes inachevés ou bâclés. Et s'il y a
plusieurs coupables, l'unique victime reste,
sans aucun doute, l'Etudiant. Lui seul est
appelé à assumer ces manquements et errances
collectifs. Pour preuves, la journée du 17
janvier, qui devrait nous rappeler les
événements malheureux de 1990, passe sous
silence. On l'ignore ou feint de l'ignorer.
Aucun devoir de mémoire à l'endroit de ces
martyrs.
En 2001-2002, on ferme
l'Université et 10 milliards de nos francs sont
débloqués. Dès la réouverture, nous sommes
retombés dans les mêmes travers. La qualité et
le volume des travaux réalisés sont là comparés
au montant alloué. Pour ceux qui ont subi ces
années blanches (1993-1994 et 2001-2002), aucun
dédommagement malgré tout le préjudice. Tout au
contraire, que ce soit au niveau de certains
concours et recrutement ou même au niveau des
bourses et stages, on parlera de limite d'âge
sans tenir compte de ce qui précède. Alors, à
chacun de voir.
*Etudiant en maîtrise au
département de Sociologie.