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Le quotidien l'Union du 13 Février 2007

 

TRAVAUX PUBLICS/ ENTRETIEN AVEC LE MINISTRE D'ETAT IDRISS NGARI

"Ce n'est pas la volonté qui manque"

Le patron des Travaux publics dans notre pays reconnaît que l'Etat dépense beaucoup d'argent dans le secteur de la route qui compte deux volets : la construction et l'entretien.

Dans l'interview qu'il nous a accordée, le responsable du département ministériel des Travaux publics, de l'Equipement et de la Construction s'explique sur l'état du réseau routier national. Tout en reconnaissant la difficulté de ses équipes à entretenir les 9 170 km de routes que compte notre pays, il énonce la poursuite d'un certain nombre de chantiers retenus dans le Programme d'aménagement du réseau routier (PARR) démarré depuis 1993, avec l'appui des bailleurs de fonds. Aussi se réjouit-il de ce que le processus de mise en place du fer II soit en phase de bouclage. Lecture.

Monsieur le ministre d'Etat, en dépit des efforts consentis par le gouvernement, les routes nationales se trouvent dans un état de dégradation avancée, quelle solution comptez-vous apporter à cet épineux problème ?

Je tiens d'abord à dire qu'on ne doit pas parler de la Nationale à partir de Libreville et l'Estuaire, mais plutôt de l'ensemble du R2seau routier national. On parle de la route à partir de l'Estuaire parce qu'une moitié de la population gabonaise y vit, au point où tout le monde s'emballe là-dessus, mais le réseau routier ne traverse pas seulement cette province. A l'intérieur du pays, on rencontre aussi les mêmes problèmes.

La Nationale pose un véritable dilemme, dans la mesure où c'est la route la plus importante du pays, elle relie la capitale aux autres les villes du Gabon. Elle est, certes, importante au plan économique du fait des échanges commerciaux, mais elle l'est aussi au plan social et politique car, elle contribue à renforcer l'unité nationale. Elle mérite un meilleur traitement que les autres voies, parce qu'il y a, en jargon des travaux publics, les routes classées et celles non lassées. Il est important que les usagers aient une considération pour cette route. Cette considération s'explique en terme de discipline, de respect et de patriotisme.

Le gouvernement a bien fait de mettre en place un ministère chargé de l'Instruction civique, ce qui nous aidera, j'en suis sûr, à conscientiser les Gabonais, étant donné que la route est un objet qui n'a de valeur que lorsque ceux qui l'utilisent la considèrent. Nous devons aussi réhabiliter cette voie, puisqu'elle a été construite entre 1982 et 1983. Mais cela nécessite des moyens financiers colossaux. En ce qui concerne mon département, nous avons réalisé des études, lesquelles nous ont permis, sous l'impulsion du chef de l'Etat, d'intéresser les bailleurs de fonds, notamment la BAD et la Banque mondiale qui sont prêts à financer ce chantier. Ainsi, sommes-nous en train de voir avec ces bailleurs comment faire pour que, non seulement le projet soit définitivement accepté, mais aussi pour que les procédures soient allégées lorsque les fonds seront accordés. Les résultats de ces études et des négociations nous amènent à comprendre que les travaux pourraient démarrer en 2008.

Le choix de réhabiliter la route nationale est une solution durable. Et l'Etat ne pouvait pas, avec ses fonds propres, réaliser ce chantier, surtout après avoir financé l'étude qui a été terminée en 2004. Mais en attendant le démarrage de ces travaux, au regard de la vieillesse de la chaussée, on est obligé de boucher les trous pour éviter l'interruption de trafic. Ce n'est pas la volonté qui manque. C'est vrai qu'on met beaucoup d'argent dans le secteur de la route, mais ce secteur compte deux domaines différents: la construction et l'entretien. Chacun a sa tâche.

Revenons à la discipline. Nous éprouvons des difficultés sur nos voies parce que les populations, aussi,mettent leurs détritus dans les buses et les canalisations. Et les eaux, puisque les canalisations bouchées sont obligées de déborder pour circuler sur la chaussée. Si nous ne considérons pas nos voies, nous resterons toujours dans cette situation. Nous avons 9170km de linéaire national à entretenir: Avons nous des équipes suffisantes pour contrôler l'ensemble de ce réseau.? Autrefois, il y avait, dans chaque ville, une subdivision des TP qui entretenait les voies lorsque les entreprises avaient fini leurs tâches. La subdivision d'Oyem, par exemple, ne peut pas aller entretenir les routes deMakokou ou de Medouneu. Et c'est la raison pour laquelle le président de la République a jugé nécessaire de créer, pour chaque province, une direction provinciale des travaux publics, c'est une police de surveillance de la route.

Où en est-on justement avec ce projet

Dès que le président a pris la mesure, lors de sa tournée républicaine en 2005, je l'ai aussitôt formalisée par les textes. Il m'a été demandé trois choses. La première est de créer, non seulement une direction dans chaque province, mais aussi les subdivisions dans chaque chef-lieu de département. Ensuite, on m'a dit s'il y a des dysfonctionnements de la route, c'est parce que les TP la construisent et l'entretiennent, mais la signalisation est du ressort du ministère des Transports. Vous voyez qu'il n'y a ni signalisation horizontale ni verticale sur nos routes. Mais puisque les Transports n'ont pas les moyens pour cette tâche, le président a décidé que cette attribution revienne aux TP. La troisième chose, enfin, c'est de créer une Direction générale chargée des études et du contrôle, parce que la construction de la route repose sur une étude. Je dirai, à ce sujet, que c'est une bonne chose puisque cette direction a existé jusqu'en 2001.

Est-il normal que les Directions générales de la construction et de l'entretien routier se chargent aussi des études ? Non. La construction et l'entretien étant réalisés en fonction des résultats d'une étude, ces services ne peuvent pas se déjuger s'ils s'en occupent, en plus de leurs missions régaliennes, de faire les études. En créant cette Direction, nous gagnerons en efficacité et en contrôle. Les textes de création de la Direction des études ont été transmis au gouvernement en 2004. Le gouvernement les ayant envoyés à une Commission consultative de la

Fonction publique pour demander seulement son avis, les textes nous ont été ramenés seulement le mois dernier. On nous dit que trois décrets sont validés, conformément à la nouvelle réforme administrative. A notre tour, nous

avons renvoyé ces textes au Conseil interministériel pour examen.

Plusieurs axes routiers ont été débattus lors des derniers conseils des ministres, certains ayant déjà reçu des financements. A quand le démarrage des travaux ?

En deux ans passés à la tête de ce ministère, mon bilan est positif du fait que j'ai pu sortir des dossiers importants, tels que les axes Moanda-Bakoumba et Franceville-Léconi, avec son prolongement jusqu'à Kabala. C'est une route transafricaine qui relie le Gabon au Congo. Pour les deux routes, les travaux ont démarré et vont bon train. Dans l'Estuaire, nous avons sorti et signé le dossier de la route pontSetrag - port d'Owendo. Ce chantier n'a pas encore débuté parce que l'AFD nous a imposé trois mesures suspensives, à savoir: le statut du Fer II, le décret portant d'utilité publique entre le pont Setrag et le port d'Owendo et la création de la Redevance d'usure de la route (RUR). Toutes ces conditionnalités ont été levées, les travaux vont bientôt démarrer.

Nous sommes tenus de respecter les exigences de celui qui donne son argent. Au niveau de l'Estuaire, nous avons suivi les dossiers de la route Ntoum-Cocobeach, elle sera aussi bitumée. Au Nord, les travaux vont démarrer sur les routes Lalara-Koumaméyong-Ovân et Ndjolé-Medoumane. Nous avons aussi des études pour la bretelle routière Akiéni-Okondja, dans le Haut-Ogooué. La procédure de décaissement des fonds, pour l'ensemble des voies, est en bonne voie. Nous avons des projets de construction de routes, mais il faut de l'argent. Je remercie, d'ailleurs, le chef de l'État qui négocie des lignes de crédits à l'extérieur. En ce qui concerne le sud, nous sommes également sur le projet de la route Lambarené-Fougamou Mouila-Ndendé. La première tranche (Lambaréné-PK 55) est en train d'être construite par l'entreprise espagnole Acciona (ex-Cubiertas)

Nous poursuivrons le reste des travaux sur ce tronçon avec la même entreprise, grâce à la rallonge de la ligne de crédit que le chef de l'Etat a pu obtenir de l'Espagne. La BAD est intéressée par l'axe Fougamou Mouila Ndendé, nous sommes en discussion pour pouvoir sortir ce dossier pour que les travaux se réalisent. Pendant ce temps, les études vont se poursuivre pour la route Ndendé-Tchibanga Mayumba. Il faut noter que tous ces projets sont inclus dans le Programme d'aménagement du réseau routier (PARR). La première tranche de ce programme qui a démarrées en 1993, avait été réalisée avec les routes Franceville-Léconi, Ntoum-Kango-Nsilé, Bifoun-Lambarené, la voie Express, Libreville-Ntoum, la route du Cap Estérias (sur financement du Gabon), Eboro-Bitam-Oyem Mitzic, etc. Nous allons poursuivre d'autres chantiers. Quant au dossier de la voie de contournement Owendo-Pk 15- PK 9, il est très avancé, grâce à la ligne de crédit américaine. Les Américains sont attendus dans la deuxième quinzaine du mois en cours pour pouvoir ficeler ce projet.

Revenons sur la mise en place du Fer II…

Là aussi, les choses ont beaucoup avancé, l'ordonnance et les textes d'application ont été pris, notamment les déca portant statut du Fer II et d'utilité publique ainsi que l'arrêté concernant la RUR. Le Conseil d'administration du Fer II est constitué, le président de cette structure vient d'être nommé (il s'agit de Raphaël Mamiaka, nommé lors du dernier conseil des ministres). Il reste maintenant que le Conseil d'administration se réunisse et lance un appel à la candidature pour le recrutement du directeur financier, le directeur général ayant déjà été choisi à la suite d'un appel à la candidature. Disons que nous sommes à la fin du processus de la construction légale du Fer II.

La RUR et la loi n°13/2003 du 17 février 2005 relative à la protection du patrimoine routier national ne visent-elles pas le même objectif ?

La loi parle du patrimoine routier, alors que la RUR est une taxe que le ministère des Finances prélève sur les carburants pour permettre que le budget de l'entretien routier soit plus conséquent que, ue4àr il est de 2-1 milliards, il est donc insuffisant par rapport au linéaire national à entretenir. L'on parle du texte d'application de la loi 13/2003. Est-ce que pour qu'une loi soit appliquée, on a absolument besoin d'un texte d'application ? La loi est bien claire sur l'occupation de la voie. Il revient aux gendarmes et aux policiers de faire respecter cette disposition, puisque ce sont des agents d'exécution de la loi. On a interdit aux grumiers de circuler au-delà de 18 heures, mais ils le font au vu et au su des gendarmes. Les gens lavent les voitures sur les chaussées, les gendarmes et policiers le voient. Les ministères concernés doivent faire leur travail. Que le ministère des Transports fasse aussi son travail, pour éviter que la route soit prise en otage par certains compatriotes, pour faire respecter la charge à l'essieu ( ..) Je sais que l'Union européenne (UE) nous a appuyé dans la construction des stations de pesage, mais je ne sais pas où se trouvent les bascules que l'institution a mises à la disposition du Gabon pour faire ces centres de pesage. Après l'inauguration du pont sur le Ntem, le Cameroun a mis un centre de pesage de son côté. Et le Gabon ? Autre chose, lorsqu' j'étais à Alger en 2006, à l' occasion de la Conférence des ministres des TP, j'ai discuté avec mon collègue du Cameroun. Il m'a dit qu'une station de pesage ne tient pas la route parce que dans les pays comme les nôtres, la corruption est de mise entre les gros porteurs et ceux qui sont chargés de les peser. L'expérience est telle que, eux, ils ont changé de méthodes, en imposant que chaque grumier ne porte que quatre (4) grumes. Je vais aussi proposer cela au gouvernement, puisque tout le monde peut voir le nombre de grumes qu'un camion transporte.

Pouvez-vous nous éclairer sur le problème de gestion des voiries urbaines, notamment de Libreville ?

C'est un problème récurrent qui n'est pas compris par tout le monde, mais le Gabon est un Etat de droit. La loi en la matière dit que le réseau urbain relève de la seule compétence des collectivités locales, et le réseau national, qui se compose en routes classées et non classées, relève du ministère des TP. Je ne vois pas pour

quoi l'on doit sortir de ce texte, pour incriminer les TP lorsque le réseau routier urbain se dégrade. Le président de la République, en bon visionnaire, a ressuscité le système des fêtes tournantes, non seulement pour améliorer les conditions d'existence des populations qui vivent de plus en plus dans les villes, mais aussi pour apporter un aménagement des réseaux urbains. Dans ce cadre, il est normal que les Travaux public, qui sont une grande administration bien organisée pour gérer les infrastructures publiques, soient sollicités pour la réalisation du linéaire urbain.

Mais après les travaux, nous remettons les voiries urbaines à la disposition du premier magistrat de la ville concernée. Il lui revient d'en faire oeuvre utile en matière d'entretien de ces voies, parce que les voiries sont le poste prioritaire dans le budget d'une municipalité. L'an dernier, nous l'avons fait à Lastoursville et Koula Moutou. Si l'on doit prendre une décision pour que les TP s'occupent désormais des voiries urbaines, qu'on la prenne afin de lever l'ambiguïté. A Libreville, par exemple, la Voie Express (aéroport port &Owendo), le boulevard du front de mer, le boulevard Triomphal et la voie qui part de Sainte-Marie à l'ancienne gare routière pour rallier la Nationale, relèvent des Travaux publics, les autres voies étant de la responsabilité des communes de Libreville et d'Owendo.

Source : Journal L'Union Plus du 13 Février 2007

 



   

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