TRAVAUX PUBLICS/ ENTRETIEN
AVEC LE MINISTRE D'ETAT IDRISS NGARI
"Ce
n'est pas la volonté qui manque"
Le patron des Travaux publics
dans notre pays reconnaît que l'Etat dépense
beaucoup d'argent dans le secteur de la route
qui compte deux volets : la construction et
l'entretien.
Dans l'interview qu'il nous a
accordée, le responsable du département
ministériel des Travaux publics, de l'Equipement
et de la Construction s'explique sur l'état du
réseau routier national. Tout en reconnaissant
la difficulté de ses équipes à entretenir les 9
170 km de routes que compte notre pays, il
énonce la poursuite d'un certain nombre de
chantiers retenus dans le Programme
d'aménagement du réseau routier (PARR) démarré
depuis 1993, avec l'appui des bailleurs de
fonds. Aussi se réjouit-il de ce que le
processus de mise en place du fer II soit en
phase de bouclage. Lecture.
Monsieur
le ministre d'Etat, en dépit des efforts
consentis par le gouvernement, les routes
nationales se trouvent dans un état de
dégradation avancée, quelle solution
comptez-vous apporter à cet épineux problème ?
Je tiens d'abord à dire qu'on
ne doit pas parler de la Nationale à partir de
Libreville et l'Estuaire, mais plutôt de
l'ensemble du R2seau routier national. On parle
de la route à partir de l'Estuaire parce qu'une
moitié de la population gabonaise y vit, au
point où tout le monde s'emballe là-dessus, mais
le réseau routier ne traverse pas seulement
cette province. A l'intérieur du pays, on
rencontre aussi les mêmes problèmes.
La Nationale pose un
véritable dilemme, dans la mesure où c'est la
route la plus importante du pays, elle relie la
capitale aux autres les villes du Gabon. Elle
est, certes, importante au plan économique du
fait des échanges commerciaux, mais elle l'est
aussi au plan social et politique car, elle
contribue à renforcer l'unité nationale. Elle
mérite un meilleur traitement que les autres
voies, parce qu'il y a, en jargon des travaux
publics, les routes classées et celles non
lassées. Il est important que les usagers aient
une considération pour cette route. Cette
considération s'explique en terme de discipline,
de respect et de patriotisme.
Le gouvernement a bien fait
de mettre en place un ministère chargé de
l'Instruction civique, ce qui nous aidera, j'en
suis sûr, à conscientiser les Gabonais, étant
donné que la route est un objet qui n'a de
valeur que lorsque ceux qui l'utilisent la
considèrent. Nous devons aussi réhabiliter cette
voie, puisqu'elle a été construite entre 1982 et
1983. Mais cela nécessite des moyens financiers
colossaux. En ce qui concerne mon département,
nous avons réalisé des études, lesquelles nous
ont permis, sous l'impulsion du chef de l'Etat,
d'intéresser les bailleurs de fonds, notamment
la BAD et la Banque mondiale qui sont prêts à
financer ce chantier. Ainsi, sommes-nous en
train de voir avec ces bailleurs comment faire
pour que, non seulement le projet soit
définitivement accepté, mais aussi pour que les
procédures soient allégées lorsque les fonds
seront accordés. Les résultats de ces études et
des négociations nous amènent à comprendre que
les travaux pourraient démarrer en 2008.
Le choix de réhabiliter la
route nationale est une solution durable. Et l'Etat
ne pouvait pas, avec ses fonds propres, réaliser
ce chantier, surtout après avoir financé l'étude
qui a été terminée en 2004. Mais en attendant le
démarrage de ces travaux, au regard de la
vieillesse de la chaussée, on est obligé de
boucher les trous pour éviter l'interruption de
trafic. Ce n'est pas la volonté qui manque.
C'est vrai qu'on met beaucoup d'argent dans le
secteur de la route, mais ce secteur compte deux
domaines différents: la construction et
l'entretien. Chacun a sa tâche.
Revenons à la discipline.
Nous éprouvons des difficultés sur nos voies
parce que les populations, aussi,mettent leurs
détritus dans les buses et les canalisations. Et
les eaux, puisque les canalisations bouchées
sont obligées de déborder pour circuler sur la
chaussée. Si nous ne considérons pas nos voies,
nous resterons toujours dans cette situation.
Nous avons 9170km de linéaire national à
entretenir: Avons nous des équipes
suffisantes pour contrôler l'ensemble de ce
réseau.? Autrefois, il y avait, dans chaque
ville, une subdivision des TP qui
entretenait les voies lorsque les entreprises
avaient fini leurs tâches. La subdivision d'Oyem,
par exemple, ne peut pas aller entretenir les
routes deMakokou ou de Medouneu. Et c'est la
raison pour laquelle le président de la
République a jugé nécessaire de créer, pour
chaque province, une direction provinciale des
travaux publics, c'est une police de
surveillance de la route.
Où en est-on justement avec
ce projet
Dès que le président a pris
la mesure, lors de sa tournée républicaine en
2005, je l'ai aussitôt formalisée par les
textes. Il m'a été demandé trois choses. La
première est de créer, non seulement une
direction dans chaque province, mais aussi les
subdivisions dans chaque chef-lieu de
département. Ensuite, on m'a dit s'il y a des
dysfonctionnements de la route, c'est parce que
les TP la construisent et l'entretiennent, mais
la signalisation est du ressort du ministère des
Transports. Vous voyez qu'il n'y a ni
signalisation horizontale ni verticale sur nos
routes. Mais puisque les Transports n'ont pas
les moyens pour cette tâche, le président a
décidé que cette attribution revienne aux TP. La
troisième chose, enfin, c'est de créer une
Direction générale chargée des études et du
contrôle, parce que la construction de la route
repose sur une étude. Je dirai, à ce sujet, que
c'est une bonne chose puisque cette direction a
existé jusqu'en 2001.
Est-il normal que les
Directions générales de la construction et de
l'entretien routier se chargent aussi des études
? Non. La construction et l'entretien étant
réalisés en fonction des résultats d'une étude,
ces services ne peuvent pas se déjuger s'ils
s'en occupent, en plus de leurs missions
régaliennes, de faire les études. En créant
cette Direction, nous gagnerons en efficacité et
en contrôle. Les textes de création de la
Direction des études ont été transmis au
gouvernement en 2004. Le gouvernement les ayant
envoyés à une Commission consultative de la
Fonction publique pour
demander seulement son avis, les textes nous ont
été ramenés seulement le mois dernier. On nous
dit que trois décrets sont validés, conformément
à la nouvelle réforme administrative. A notre
tour, nous
avons renvoyé ces textes au
Conseil interministériel pour examen.
Plusieurs axes routiers ont
été débattus lors des derniers conseils des
ministres, certains ayant déjà reçu des
financements. A quand le démarrage des travaux ?
En deux ans passés à la tête
de ce ministère, mon bilan est positif du fait
que j'ai pu sortir des dossiers importants, tels
que les axes Moanda-Bakoumba et
Franceville-Léconi, avec son prolongement
jusqu'à Kabala. C'est une route transafricaine
qui relie le Gabon au Congo. Pour les deux
routes, les travaux ont démarré et vont bon
train. Dans l'Estuaire, nous avons sorti et
signé le dossier de la route pontSetrag - port
d'Owendo. Ce chantier n'a pas encore débuté
parce que l'AFD nous a imposé trois mesures
suspensives, à savoir: le statut du Fer II, le
décret portant d'utilité publique entre le pont
Setrag et le port d'Owendo et la création de la
Redevance d'usure de la route (RUR). Toutes ces
conditionnalités ont été levées, les travaux
vont bientôt démarrer.
Nous sommes tenus de
respecter les exigences de celui qui donne son
argent. Au niveau de l'Estuaire, nous avons
suivi les dossiers de la route Ntoum-Cocobeach,
elle sera aussi bitumée. Au Nord, les travaux
vont démarrer sur les routes
Lalara-Koumaméyong-Ovân et Ndjolé-Medoumane.
Nous avons aussi des études pour la bretelle
routière Akiéni-Okondja, dans le Haut-Ogooué. La
procédure de décaissement des fonds, pour
l'ensemble des voies, est en bonne voie. Nous
avons des projets de construction de routes,
mais il faut de l'argent. Je remercie,
d'ailleurs, le chef de l'État qui négocie des
lignes de crédits à l'extérieur. En ce qui
concerne le sud, nous sommes également sur le
projet de la route Lambarené-Fougamou
Mouila-Ndendé. La première tranche (Lambaréné-PK
55) est en train d'être construite par
l'entreprise espagnole Acciona (ex-Cubiertas)
Nous poursuivrons le reste
des travaux sur ce tronçon avec la même
entreprise, grâce à la rallonge de la ligne de
crédit que le chef de l'Etat a pu obtenir de
l'Espagne. La BAD est intéressée par l'axe
Fougamou Mouila Ndendé, nous sommes en
discussion pour pouvoir sortir ce dossier pour
que les travaux se réalisent. Pendant ce temps,
les études vont se poursuivre pour la route
Ndendé-Tchibanga Mayumba. Il faut noter que tous
ces projets sont inclus dans le Programme
d'aménagement du réseau routier (PARR). La
première tranche de ce programme qui a démarrées
en 1993, avait été réalisée avec les routes
Franceville-Léconi, Ntoum-Kango-Nsilé,
Bifoun-Lambarené, la voie Express,
Libreville-Ntoum, la route du Cap Estérias (sur
financement du Gabon), Eboro-Bitam-Oyem Mitzic,
etc. Nous allons poursuivre d'autres chantiers.
Quant au dossier de la voie de contournement
Owendo-Pk 15- PK 9, il est très avancé, grâce à
la ligne de crédit américaine. Les Américains
sont attendus dans la deuxième quinzaine du mois
en cours pour pouvoir ficeler ce projet.
Revenons sur la mise en place
du Fer II…
Là aussi, les choses ont
beaucoup avancé, l'ordonnance et les textes
d'application ont été pris, notamment les
déca portant statut du Fer II et d'utilité
publique ainsi que l'arrêté concernant la RUR.
Le Conseil d'administration du Fer II est
constitué, le président de cette structure vient
d'être nommé (il s'agit de Raphaël Mamiaka,
nommé lors du dernier conseil des ministres). Il
reste maintenant que le Conseil d'administration
se réunisse et lance un appel à la candidature
pour le recrutement du directeur financier, le
directeur général ayant déjà été choisi à la
suite d'un appel à la candidature. Disons que
nous sommes à la fin du processus de la
construction légale du Fer II.
La RUR et la loi n°13/2003 du
17 février 2005 relative à la protection du
patrimoine routier national ne visent-elles pas
le même objectif ?
La loi parle du patrimoine
routier, alors que la RUR est une taxe que le
ministère des Finances prélève sur les
carburants pour permettre que le budget de
l'entretien routier soit plus conséquent que,
ue4àr il est de 2-1 milliards, il est donc
insuffisant par rapport au linéaire national à
entretenir. L'on parle du texte d'application de
la loi 13/2003. Est-ce que pour qu'une loi soit
appliquée, on a absolument besoin d'un texte
d'application ? La loi est bien claire sur
l'occupation de la voie. Il revient aux
gendarmes et aux policiers de faire respecter
cette disposition, puisque ce sont des agents
d'exécution de la loi. On a interdit aux
grumiers de circuler au-delà de 18 heures, mais
ils le font au vu et au su des gendarmes. Les
gens lavent les voitures sur les chaussées, les
gendarmes et policiers le voient. Les ministères
concernés doivent faire leur travail. Que le
ministère des Transports fasse aussi son
travail, pour éviter que la route soit prise en
otage par certains compatriotes, pour faire
respecter la charge à l'essieu ( ..) Je sais que
l'Union européenne (UE) nous a appuyé dans la
construction des stations de pesage, mais je ne
sais pas où se trouvent les bascules que
l'institution a mises à la disposition du Gabon
pour faire ces centres de pesage. Après
l'inauguration du pont sur le Ntem, le Cameroun
a mis un centre de pesage de son côté. Et le
Gabon ? Autre chose, lorsqu' j'étais à Alger en
2006, à l' occasion de la Conférence des
ministres des TP, j'ai discuté avec mon collègue
du Cameroun. Il m'a dit qu'une station de pesage
ne tient pas la route parce que dans les pays
comme les nôtres, la corruption est de mise
entre les gros porteurs et ceux qui sont chargés
de les peser. L'expérience est telle que, eux,
ils ont changé de méthodes, en imposant que
chaque grumier ne porte que quatre (4) grumes.
Je vais aussi proposer cela au gouvernement,
puisque tout le monde peut voir le nombre de
grumes qu'un camion transporte.
Pouvez-vous nous éclairer sur
le problème de gestion des voiries urbaines,
notamment de Libreville ?
C'est un problème récurrent
qui n'est pas compris par tout le monde, mais le
Gabon est un Etat de droit. La loi en la matière
dit que le réseau urbain relève de la seule
compétence des collectivités locales, et le
réseau national, qui se compose en routes
classées et non classées, relève du ministère
des TP. Je ne vois pas pour
quoi l'on doit sortir de ce
texte, pour incriminer les TP lorsque le réseau
routier urbain se dégrade. Le président de la
République, en bon visionnaire, a ressuscité le
système des fêtes tournantes, non seulement pour
améliorer les conditions d'existence des
populations qui vivent de plus en plus dans les
villes, mais aussi pour apporter un aménagement
des réseaux urbains. Dans ce cadre, il est
normal que les Travaux public, qui sont une
grande administration bien organisée pour gérer
les infrastructures publiques, soient sollicités
pour la réalisation du linéaire urbain.
Mais après les travaux, nous
remettons les voiries urbaines à la disposition
du premier magistrat de la ville concernée. Il
lui revient d'en faire oeuvre utile en matière
d'entretien de ces voies, parce que les voiries
sont le poste prioritaire dans le budget d'une
municipalité. L'an dernier, nous l'avons fait à
Lastoursville et Koula Moutou. Si l'on doit
prendre une décision pour que les TP s'occupent
désormais des voiries urbaines, qu'on la prenne
afin de lever l'ambiguïté. A Libreville, par
exemple, la Voie Express (aéroport port &Owendo),
le boulevard du front de mer, le boulevard
Triomphal et la voie qui part de Sainte-Marie à
l'ancienne gare routière pour rallier la
Nationale, relèvent des Travaux publics, les
autres voies étant de la responsabilité des
communes de Libreville et d'Owendo.