APRÈS LA DÉCLARATION DE
POLITIQUE GÉNÉRALE DU PREMIER MINISTRE
Le
gouvernement face à la problématique de
l'impunité
Parmi les principaux thèmes
abordés par Jean Eyéghé Ndong, l'Etat de droit
figure en bonne position. Cependant, les grands
axes de la stratégie pour rendre effectif ce
principe laissent plutôt sceptique quant à leur
efficacité.
LE Premier ministre, chef du
gouvernement, jean Eyéghé Ndong, a dernièrement
fait sa Déclaration de politique générale devant
l'Assemblée nationale qui lui a d'ailleurs
accordé sa confiance. Le locataire de l'immeuble
du 2-Décembre a dévoilé les grands axes de
l'action de son équipe pendant le temps qu'il
sera en fonctions. Parmi les principaux thèmes
abordés par l'hôte des députés, l'État de droit
figure en bonne place.
Jean Eyéghé Ndong présente
l'État de droit comme étant «la soumission
des pouvoirs publics à la norme, c'est-à-dire à
la loi. » Il partage le constat selon lequel
notre pays dispose de textes de qualité, mais
dont l'application n'est pas toujours effective.
Ce qui a pour conséquence, poursuit-il, « les
dérives de toute sorte se traduisant par les
inégalités, la corruption, l'abus de
pouvoir l'arbitraire, toutes choses susceptibles
d'entamer la cohésion sociale .»
Le Premier ministre souligne
que ces insuffisances dans l'application ou le
respect de la loi, interpellent aussi bien l'Etat
dans toutes ses composantes, que les citoyens. «
En ce qui concerne les pouvoirs publics,
di-t-il, il incombe prioritairement au
gouvernement, en charge de la gestion
quotidienne e l'État, de tout mettre en oeuvre
pour que la loi soit effectivement bien
appliquée. Aux côtés du gouvernement, les autres
institutions de l'État ne doivent pas être en
reste dans cette mission. Je pense notamment au
Parement et à la justice. »
Et par rapport aux
juridictions, le chef du gouvernement reconnaît
que l'État, dans le respect du principe de
séparation des pouvoirs, doit garantir
l'indépendance de la justice. « Nul n'étant
au-dessus de la loi, rappellent il, aucun
justiciable ne doit se soustraire à la rigueur
de celle c-, quel que soit son statut ou sa
position dans la société .» Et de
poursuivre « Il faut combattre les
passe-droits et l'impunité à tous Ies niveaux.»
SANCTION • Pour Jean
Eyéghé Ndong, la sanction constitue une arme
efficace dans la lutte contre le non respect de
la loi. « L'Etat de droit, souligne l'homme,
induit forcément la nonne et la sanction qui
fonde du reste l'autorité de l'État. Si
l'inobservation de la loi ne rencontre pas
de sanction, l'État s'affaiblit, dans le même
temps si le corps de règles qui régit
l'État est foulé aux pieds,il n'y a plus de
puissance publique.»
Parallèlement à la sanction,
le Premier ministre prône la redynamisation de
l'instruction civique. Dans son entendement,
celle-ci vise l'émergence d'un « citoyen
nouveau ». Dans ce sens, le gouvernement se
propose d'engager un train de mesures dans ce
sens. En instituant notamment une « journée
citoyenne », et en organisant une meilleure
prise en compte de cette exigence dans les
programmes scolaires. Tout comme, le
gouvernement entend renforcer les campagnes de
vulgarisation par le biais de l'éducation
populaire...
A la lecture des intentions
du gouvernement pour combattre l'impunité, on se
rend comte que par rapport à 20 6, jean Eyéghé
Ndong a mis beaucoup d'eau dans son vin. La
modération, la mesure ont succédé à la
détermination et à l'audace. « En regardant le
peuple gabonais droit dans les yeux, je prends
l'engagement de tout mettre en oeuvre pour que
chacun sache bien qu'if n'y a pas dans notre
pays deux catégories de citoyens: ceux qui
pensent être au-dessus de la loi et ceux sur qui
peut s'abattre allègrement cette loi. »C'est en
ces termes que le Premier ministre avait exprimé
sa volonté de lutter contre l'impunité en 2006.
PEDAGOGIE PAR L'EXEMPLE •
La modération du locataire de l'immeuble du
2-Décembre aujourd'hui, montre que, un an après,
il s'est rendu compte, à juste titre, que les
choses ne sont pas aussi faciles que ça.
L'impunité est toujours de mise dans notre pays.
Les différentes juridictions et autres organes
chargés de faire appliquer la loi sont
constamment débordés. D'où le scepticisme
suscité dans l'opinion par les déclarations du
Premier ministre sur ce sujet. La lutte contre
l'impunité nécessite plus. Une détermination à
tous les niveaux à jouer franc jeu. Ce qui exige
que le gouvernement et les autres institutions
concernées par l'application de la loi dans
notre pays prennent des dispositions claires
pour faire appliquer en profondeur le principe
de la séparation des pouvoirs.
Dés lors, il y a lieu
d'associer les médias à la lutte contre ce fléau
qui affaiblit dangereusement l'autorité de
l'Etat. La transparence doit être de mise.
Notamment au niveau de la justice. Celle-ci doit
informer la presse sur les origines des
pressions exercées sur elle pour étouffer telle
ou telle autre affaire. A partir de là,
l'opinion informée par la situation, saura à
quel(s)niveaux se trouvent les fossoyeurs de
l'Etat de droit dans notre pays.
Sur un autre registre, il
faut dire que la lutte contre l'impunité passe
également par ce qu'il convient d'appeler "la
pédagogie par l'exemple". Ce qui interpelle
davantage les gouvernants et autres détenteurs
d'une parcelle de pouvoirs pour souscrire aux
exigences de la loi. Car, aujourd'hui, outre les
manquements de tous genres au niveau des hommes
de la loi, l'expérience a montré que les hommes
et les femmes du pouvoir impliqués dans des
affaires de manipulation des deniers publics par
exemple, ne sont pas traites conformément à la
loi. Alors que c'est sur eux que l'exemple de
fermeté devrait venir.
Dans tous les cas, il s'agit
là d'autant de pistes susceptibles de
transformer le scepticisme des Gabonais en
espoir, quant à la volonté du gouvernement de
Jean Eyéghé Ndong à lutter efficacement contre
l'impunité.