AUGMENTATION DU PRIX DE
PRODUITS PÉTROLIERS À LA POMPE
Commentaire
Quelle
saignée pour l'économie gabonaise ?
IL y a quelques jours, le
gouvernement a annoncé l'augmentation à la pompe
du prix du super et du gasoil. Pour justifier
l'augmentation des prix à la pompe, la Direction
générale de stabilisation et de péréquation (Caistab),
dans un communiqué publié dans notre édition de
samedi 3 et dimanche 4 mars, s'appuie sur le «
mécanisme d'indexation des prix des produits
pétroliers vendus sur le territoire national,
basé sur l'évolution des cours mondiaux du
pétrole brut .» Les cours du pétrole ayant
atteint des sommets vertigineux, le gouvernement
a, selon ce communiqué, suspendu l'indexation,
prenant en charge une partie du coût réel des
produits pétroliers.
Cette prise en charge aurait
déséquilibré les finances publiques. Pour la
seule année 2006, « cette charge s'est élevée
à plus de 102 milliards de Fcfa, soit 4,2% du
PIB non pétrolier. » Le gouvernement a donc
jugé nécessaire de « limiter cette saignée en
réduisant de moitié le dit effort de soutien. »
La question qui se pose est
la suivante : pour le Gabon, pays producteur,
les hausses du brut sont-elles avantageuses ou
pas ? "Bilan du monde 2007", publication
hors-série du quotidien le Monde, répond à cette
question : « L'argent du pétrole (gabonais)
peut servir à accélérer la croissance, mais
aussi à relever le troisième défi: la
diversification de l'économie afin de réparer
l'après pétrole. Mais l'argent de l'or noir ne
prend pas toujours le bon chemin. Le Fonds
monétaire international n'a-t-il pas dénoncé un
gaspillage de ces ressources ? . » Bref.
REALITE. Contrairement à
l'effet attendu, cette hausse brusque, au
taux exorbitant de plus de 25%, risque
malheureusement de produire des conséquences
multiples et insoupçonnées, en tout cas
dramatiques pour l'économie nationale, la paix
sociale étant prise pour quantité
négligeable lors du choix de cette hausse du
prix de produits pétroliers.
Les conséquences économiques,
il y en aura. D'abord au niveau des transports
(Lire art. Ci-dessus). Puis de l'énergie. Quoi
qu'aient annoncé Ies autorités relativement à la
prise en charge des factures prise des ménages
les plus pauvres, la population a du mal à
croire qu'on pourra réellement bénéficier, sur
le long terme, d'une quelconque baisse de
tarifs, quand on sait le, coût que va devoir
supporter la SEEG pour produire l'énergie
électrique, celle-ci nécessitant des dizaines de
milliers de litres de fuel lourd par jour, pour
la seule centrale d'Owendo. De même, de
nombreuses villes de l'intérieur sont équipées
de générateurs fonctionnant au gasoil.
Autre conséquence : le panier
de la ménagère. Les différents commerces et
services seront contraints de répercuter les
hausses de l'énergie et des transports sur les
prix. Et de toutes façons, si jamais on
contraignait les opérateurs de ces secteurs à un
blocage des prix, leurs chiffres d'affaires s'en
trouveraient plombés. Cela correspondrait à
donner au secteur tertiaire, non le coup de
douce dont il a besoin pour se développer, non
la politique de croissance dont il devrait
bénéficier, mais un véritable coup de grâce.
Avec des fermetures à la chaîne. Et donc le
chômage.
L'augmentation des prix du
carburant risque donc de causer davantage la
saignée du secteur tertiaire, et donc de
l'économie gabonaise, tous les pans de notre
économie étant touchés par les services.
COMPARAISONS. Sur le
tableau qui accompagne le communiqué de la
Caistab, on cite des exemples de pays africains
dont certains ne sont même pas producteurs et
qui rencontrent de sérieuses difficultés pour
acheminer les produits pétroliers. Question
pourquoi ne nous présente t-on pas les tarifs
pratiqués au Nigeria ou en Angola ? Pour rester
dans l'esprit de la Caistab, prenons l'exemple
d'un pays non producteur auquel on ne se réfère
que lorsque ça nous arrange, la France. Selon
les calculs de Natixis, agence d'analyses et
d'informations économiques de référence, la
baisse du cours du brut va réduire l'inflation
de 0,5 point dans ce pays, augmenter le pouvoir
d'achat de 0,5%, étoffer la croissance de 0,2
point, et peut-être créer 20 000 emplois.
II est effarant de constater
que la baisse du prix du pétrole aura des effets
incommensurablement contraires dans le pays
producteur qu'est le nôtre. Il faut savoir que
d'août 2006 à février 2007, le cours du brut a
chuté de 78 à 55 dollars, en passant même sous
la barre des 50 dollars en janvier. Et qu'au
Moyen-Orient, le coût de production du brut ne
dépasse pas 15 dollars le baril pour atteindre
25 dollars chez les acheteurs. Notre pays
n'étant pas un acheteur spéculatif (1), mais
plutôt un vendeur, il est évident que s'il le
voulait, il fourrait protéger le marché
intérieur des fluctuations à l'international, le
seuil de rentabilité étant de toute façon
garanti.
Par ailleurs, que dire des
102 milliards de Fcfa qui auraient constitué une
saignée de nos finances publiques ? N'oublions
pas qu'en juillet 2006, le gouvernement a
présenté une loi de finances rectificative liée
à l'augmentation du cours du brut qui nous a
rapporté un excédent de recettes pétrolières de
plus de 295 milliards de Fcfa (2) largement de
quoi compenser les 102 milliards.
Dernière chose : la Direction
générale de la Caistab nous laisse entrevoir «
les probables baisses de prix dans les
périodes à venir; lesquelles baisses seraient
alors répercutées à la pompe. » Les Gabonais
auraient souhaité que le gouvernement répercutât
à la pompe la manne issue de la période faste où
le baril culminait à 78 dollars.
(1)L'Etat ne peut pas
spéculer sur ses propres matières premières, du
moins sur le marché intérieur, même s'il peut
jouer un rôle de régulateur.
(2)"Bilan du Monde" fait état
de "quelque 450 millions d'euros de recettes
pétrolières en 2006" par rapport au budget
adopté en début d'année.