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Le quotidien l'Union du 15 Mars 2007

 

AUGMENTATION DU PRIX DE PRODUITS PÉTROLIERS À LA POMPE

Commentaire

Quelle saignée pour l'économie gabonaise ?

IL y a quelques jours, le gouvernement a annoncé l'augmentation à la pompe du prix du super et du gasoil. Pour justifier l'augmentation des prix à la pompe, la Direction générale de stabilisation et de péréquation (Caistab), dans un communiqué publié dans notre édition de samedi 3 et dimanche 4 mars, s'appuie sur le « mécanisme d'indexation des prix des produits pétroliers vendus sur le territoire national, basé sur l'évolution des cours mondiaux du pétrole brut .» Les cours du pétrole ayant atteint des sommets vertigineux, le gouvernement a, selon ce communiqué, suspendu l'indexation, prenant en charge une partie du coût réel des produits pétroliers.

Cette prise en charge aurait déséquilibré les finances publiques. Pour la seule année 2006, « cette charge s'est élevée à plus de 102 milliards de Fcfa, soit 4,2% du PIB non pétrolier. » Le gouvernement a donc jugé nécessaire de « limiter cette saignée en réduisant de moitié le dit effort de soutien. »

La question qui se pose est la suivante : pour le Gabon, pays producteur, les hausses du brut sont-elles avantageuses ou pas ? "Bilan du monde 2007", publication hors-série du quotidien le Monde, répond à cette question : « L'argent du pétrole (gabonais) peut servir à accélérer la croissance, mais aussi à relever le troisième défi: la diversification de l'économie afin de réparer l'après pétrole. Mais l'argent de l'or noir ne prend pas toujours le bon chemin. Le Fonds monétaire international n'a-t-il pas dénoncé un gaspillage de ces ressources ? . » Bref.

REALITE. Contrairement à l'effet attendu, cette hausse brusque, au taux exorbitant de plus de 25%, risque malheureusement de produire des conséquences multiples et insoupçonnées, en tout cas dramatiques pour l'économie nationale, la paix sociale étant prise pour quantité négligeable lors du choix de cette hausse du prix de produits pétroliers.

Les conséquences économiques, il y en aura. D'abord au niveau des transports (Lire art. Ci-dessus). Puis de l'énergie. Quoi qu'aient annoncé Ies autorités relativement à la prise en charge des factures prise des ménages les plus pauvres, la population a du mal à croire qu'on pourra réellement bénéficier, sur le long terme, d'une quelconque baisse de tarifs, quand on sait le, coût que va devoir supporter la SEEG pour produire l'énergie électrique, celle-ci nécessitant des dizaines de milliers de litres de fuel lourd par jour, pour la seule centrale d'Owendo. De même, de nombreuses villes de l'intérieur sont équipées de générateurs fonctionnant au gasoil.

Autre conséquence : le panier de la ménagère. Les différents commerces et services seront contraints de répercuter les hausses de l'énergie et des transports sur les prix. Et de toutes façons, si jamais on contraignait les opérateurs de ces secteurs à un blocage des prix, leurs chiffres d'affaires s'en trouveraient plombés. Cela correspondrait à donner au secteur tertiaire, non le coup de douce dont il a besoin pour se développer, non la politique de croissance dont il devrait bénéficier, mais un véritable coup de grâce. Avec des fermetures à la chaîne. Et donc le chômage.

L'augmentation des prix du carburant risque donc de causer davantage la saignée du secteur tertiaire, et donc de l'économie gabonaise, tous les pans de notre économie étant touchés par les services.

COMPARAISONS. Sur le tableau qui accompagne le communiqué de la Caistab, on cite des exemples de pays africains dont certains ne sont même pas producteurs et qui rencontrent de sérieuses difficultés pour acheminer les produits pétroliers. Question pourquoi ne nous présente t-on pas les tarifs pratiqués au Nigeria ou en Angola ? Pour rester dans l'esprit de la Caistab, prenons l'exemple d'un pays non producteur auquel on ne se réfère que lorsque ça nous arrange, la France. Selon les calculs de Natixis, agence d'analyses et d'informations économiques de référence, la baisse du cours du brut va réduire l'inflation de 0,5 point dans ce pays, augmenter le pouvoir d'achat de 0,5%, étoffer la croissance de 0,2 point, et peut-être créer 20 000 emplois.

II est effarant de constater que la baisse du prix du pétrole aura des effets incommensurablement contraires dans le pays producteur qu'est le nôtre. Il faut savoir que d'août 2006 à février 2007, le cours du brut a chuté de 78 à 55 dollars, en passant même sous la barre des 50 dollars en janvier. Et qu'au Moyen-Orient, le coût de production du brut ne dépasse pas 15 dollars le baril pour atteindre 25 dollars chez les acheteurs. Notre pays n'étant pas un acheteur spéculatif (1), mais plutôt un vendeur, il est évident que s'il le voulait, il fourrait protéger le marché intérieur des fluctuations à l'international, le seuil de rentabilité étant de toute façon garanti.

Par ailleurs, que dire des 102 milliards de Fcfa qui auraient constitué une saignée de nos finances publiques ? N'oublions pas qu'en juillet 2006, le gouvernement a présenté une loi de finances rectificative liée à l'augmentation du cours du brut qui nous a rapporté un excédent de recettes pétrolières de plus de 295 milliards de Fcfa (2) largement de quoi compenser les 102 milliards.

Dernière chose : la Direction générale de la Caistab nous laisse entrevoir « les probables baisses de prix dans les périodes à venir; lesquelles baisses seraient alors répercutées à la pompe. » Les Gabonais auraient souhaité que le gouvernement répercutât à la pompe la manne issue de la période faste où le baril culminait à 78 dollars.

(1)L'Etat ne peut pas spéculer sur ses propres matières premières, du moins sur le marché intérieur, même s'il peut jouer un rôle de régulateur.

(2)"Bilan du Monde" fait état de "quelque 450 millions d'euros de recettes pétrolières en 2006" par rapport au budget adopté en début d'année.

Source : Journal L'Union Plus du 15 Mars 2007

 



   

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